Archive pour ‘Lisboa’

Amo-te Portugal

2 août 2010

Il est temps. Demain, je serais à nouveau en Suisse. Je laisse ici treize articles retraçant mon passage à Lisbonne. Il ne me reste plus que de beaux souvenirs à mettre dans ma valise. Qu’il fut doux et bon le temps passé au Portugal ! Comment oublier une expérience aussi enrichissante ? Croyez-moi, je donnerais vraiment n’importe quoi pour tout revivre à nouveau, vraiment n’importe quoi.

Lisbonne. Jamais je n’ai été aussi heureux de me perdre dans une ville. Je me rappelle d’avoir pris plusieurs fois des bus au hasard pour voir jusqu’où ils pouvaient me mener. C’est ainsi que j’ai découvert la ville aux sept collines. J’y ai vu le célèbre tramway 28, j’ai bordé le Tage et je suis rentré dans une carte postale vivante en arrivant à Belém. Du Cais do Sodré, j’ai pris le ferry qui me menait jusqu’au Christ Roi, tout en contemplant le majestueux pont du 25 avril. Plus d’une fois je me suis trompé en prenant le métro ; c’est ainsi que j’ai arpenté les plus belles rues d’Europe. J’ai croisé du monde. Il y eut des rencontres de passage qui dureront dans mon cœur. Ah ! Lisbonne, que j’aime ton âme mélancolique et ensoleillée !

Revoir ma famille n’a pas été la meilleure façon de prolonger mon séjour linguistique. Il reste, dans ma ville, une mentalité extrêmement fermée et tout leur semble être une tragédie. En tant qu’homme voyageur et libre, rester près d’eux est une terrible entrave. Cela dit, avec mon amour, j’ai profité de ma maison pour me reposer, tout comme des belles plages d’Espinho et d’Esmoriz. A Porto, j’ai fréquenté de nombreux centres commerciaux, afin de faire le shopping que je ne voulais pas me permettre à Lisbonne. Je suis allé au cinéma et j’ai pensé aux visiteurs comblés de savoir qu’au Portugal tous les films sont en version originale. Bref ! Je suis resté et je n’ai rien regretté.

J’aime le Portugal, je l’aime de tout mon cœur. J’y retournerais toujours, car je sais maintenant qu’il existe un endroit où je pourrais retrouver des beaux jours. Il existe ici une magie qui nous transporte autre part. Ailleurs c’est mieux.

  • Franziska 3 août 2010

    Te voilà en Suisse. Une grande aventure derrière toi, des instants a jamais gravés dans ton esprit. Merci d’avoir partagé avec moi un peu de ton expérience et aussi de m’avoir tant montré cette culture, ces endroits qui font partie de ta vie et de ton enfance. Le Portugal est un magnifique pays et je n’oublierai pas tous ces instants. Merci mon amour pour tout. Eu amo-te!

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Saudade

29 juillet 2010

Un jour, Benoît Maury a dit à sa fille Manuella : si tu ne sais pas où tu vas dans la vie, rentre à la maison. J’ai moi aussi suivi le conseil et il a porté ses fruits. Lisbonne a été un chapitre inoubliable de mon existence et à l’instant où il se terminait, soit la semaine dernière, je n’avais que mes larmes pour réaliser que tout était fini. Je ne pouvais pas rentrer en Suisse tout de suite, c’était impossible. Je me suis attaché à ce Portugal si fascinant. De plus, toute ma famille y vit. C’est sur le quai de la gare Santa Apolónia que j’attendais mon train pour Porto, le cœur embrasé de Saudade.

Le temps file et je n’ai encore rien dit. J’aurais aimé parler de chaque détail, chaque richesse rencontrée dans l’une des plus belles capitales du monde. Je n’ai même pas parlé des gens que j’ai rencontrés et aimés, ces êtres mystérieux et tendres qui ont partagé un morceau de leur vie avec moi. Nous rendons-nous toujours compte que, même s’il s’agit d’un bref passage, nous pouvons marquer l’esprit d’un autre ? Je n’en suis pas certain, mais je sais que je n’oublierais jamais ces amis des quatre coins du monde. Cela vaut la peine de surmonter ses peurs et d’oser vivre une expérience pareille. Jamais de ma vie je n’ai vécu une telle aventure. J’ai grandi, je le sens.

Je suis chez moi. J’habite dans la maison que mon père a lui même bâtie de ses propres mains. Je suis chez moi et ma famille m’entoure, mais j’en fais ma lubie. Ma vraie famille est au sud, à Lisbonne, et elle me manque terriblement. Heureusement, mon amour est à mes côtés, sa visite est une salvation. Je suis retourné voir l’océan, il m’a tellement manqué. Ses vagues ont bercé mon chagrin, douce amertume d’un temps passé. Je vis à peu près seul, la saudade au cœur et l’espoir en main. Non loin de Porto, je m’offre le repos que nous devons tous nous offrir. Et je pense, je pense beaucoup à demain, à l’avenir. Bientôt, je serais à Berlin et Lisbonne ne sera plus qu’un souvenir. Mais je ne veux pas qu’il en soit ainsi ; que l’on me donne la force de ne jamais oublier !

La saudade, c’est le bonheur d’être triste. Ce n’est pas de la mélancolie, ni de la nostalgie, mais un mélange de plusieurs émotions. C’est un sentiment on ne peut plus portugais et chaque visiteur se verra envahi par lui s’il s’attache à cette belle nation. Saudade du passé, du présent et du futur : voilà où j’en suis. Tout me manque. J’ai certainement manqué de voir des choses merveilleuses à Lisbonne, je ne profite sûrement pas assez de ma petite ville natale et je ne me rends pas compte, par peur de le vouloir, que je partirais bientôt. Le temps file et je n’ai encore rien dit.

  • Dan 31 juillet 2010

    Je ne sais plus quoi dire. Si je ne me tais pas tout de suite, je n’aurai de cesse de me répéter. Non, je ne vais pas dire que la “saudade” est un sentiment qui me plaît, même si je ne suis pas sûr de l’avoir déjà vécu. Je ne dirai pas non plus que l’envie de partir visiter le Portugal me remplit. (Wahou! Quelle belle litote! ^^ ) Filipe, cette aventure a l’air toujours autant fabuleuse, mais je me réjouis quand même de te revoir, bientôt.

  • Julien 2 août 2010

    J’aime beaucoup cet article, j’ai vécu et ressenti pas mal de choses similaires !

  • Elena 26 septembre 2010

    Coucou jeune homme..

    Te dire un petit mot sur ton blog..très belles photos avec de très beaux textes.
    Bravo et continu comme ça.
    Bisous et à bientôt peut-être.

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Leva-me aos fados

26 juillet 2010

Aux gens de ma terre, je dédie ce modeste article

Lisbonne a vu naître l’un des plus beaux genres musicaux au monde : le fado. Du latin fatum, ce mot signifie destin ; le chant exprime une belle mélancolie, soit le bonheur d’être triste. Le Portugal est un pays relativement calme et rêveur. Les mots Saudade et Fado sont si imprégnés dans sa culture, que les lusitaniens deviennent du coup, contrairement aux idées reçues, des gens très pacifiques. Chaque jour est une nouvelle histoire qui commence et seul le temps est maître de l’existence.

Le fado se chante avec l’âme et le cœur. Au diable toutes les règles musicales qui imposent une voix venue du ventre ! Il est, traditionnellement, accompagné par une guitare classique et par la fameuse guitare portugaise. Cette dernière inspira, par exemple, la création du très célèbre banjo. La chanteuse, autrement dit la fadista, est vêtue de noir et d’un châle rouge ou de la même couleur que son vêtement. Quant au chanteur, il se doit lui aussi d’être habillé de la même façon (sans le châle, évidemment). On peut expliquer cela très facilement : le noir symbolise le deuil et la tristesse. Le fado est, en général, le deuil d’une grande souffrance ou d’un heureux souvenir. La vie se raconte à travers cette musique du monde et elle ne ment pas.

Si vous passez par la ville aux sept collines, n’oubliez pas d’aller aux fados. Laissez-vous emporter par cette ambiance douce-amère, qui vous rendra le cœur plus léger. Si votre âme se sent triste et pleure à verse, partagez votre tristesse, même silencieusement, aux fados. Il n’y a pas remède plus tendre et poétique. A Lisbonne, vous le trouvez partout, du Bairro Alto jusqu’à l’Alfama. Cette dernière est la région idéale pour passer une soirée inoubliable. Il y a une place que j’ai nommé la place des fados ; elle est située juste en face du musée dédié à cet art traditionnel, que vous ne manquerez pour rien au monde de visiter (croyez-moi, vous n’en sortirez pas déçu). Là-bas se trouve des restaurants typiques où l’on peut manger, tout en appréciant un spectacle de qualité. Pour ma part, je vous conseille A Esquina de Alfama. Les prix sont raisonnables et les artistes aux grands cœurs, même que la cuisinière chante ! Je pourrais m’étaler, créer le plus long paragraphe de l’histoire, que cela ne changerait rien à ce que l’on vit dans ce magnifique quartier de Lisbonne. Appréciez les Artistes !

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Le Portugal a connu, et connaît toujours, de grands chanteurs de fado. Au panthéon, vous trouverez la tombe d’Amália Rodrigues. C’était une amie d’Edith Piaf, une femme d’exception et, tout simplement, la plus grande diva de la chanson lusophone. Cette chanteuse est le symbole artistique de toute une nation. En passant par Uma casa portuguesa, Barco negro, Solidão (Canção do mar), Primavera, Estranha forma de vida ou même Povo que lavas no rio, nombreux sont les titres encore et toujours admirés dans le monde entier. Si vous passez par ce petit pays ibérique, vous ne manquerez pas d’entendre parler d’Amália.
Aujourd’hui, le succès sourit, entre autres, à Mariza. Cette artiste originaire du Mozambique (ancienne colonie portugaise) a su mettre sa voix à profit du monde et c’est à travers la planète entière qu’elle partage ses sentiments. A mon sens, n’importe quel artiste de fado transporte avec lui, à chaque voyage, une quantité inattendue d’amertume et de passion, ce qui provoque à chaque rencontre une émotion intense. Mon fado préféré est un poème d’Amália Rodrigues, chanté par Mariza : Ó gente da minha terra. Cette musique retrace l’histoire d’un être humain qui comprend que sa tristesse, qui est aussi sa force, vient des siens. Le fado m’a permis de réaliser à quel point j’avais besoin de renouer avec mes racines. Grâce à lui, je peux avancer, car je n’ai plus peur.

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Source : MARIZA, RODRIGUES Amália, Ó gente da minha terra, FranciscoCampos.com

  • Dan 27 juillet 2010

    Je me vois de plus en plus rapproché du Portugal, à chaque fois que tu écrits un article sur cette belle nation. La mélancolie et la nostalgie sont, comme tu le sais, mes sentiments de prédilection. :) Je me suis surpris à me demander quand j’essayerai le fado dont je ne connais rien. Les hommes chantent-ils le fado aussi?
    Une amie d’Edith Piaf dis-tu? Elle ne peut être qu’une bonne chanteuse… Stop au fanatisme. Vraiment, merci. Tu m’as donné une soif de voyage pour Lisbonne impressionnante. Merci.

  • Filipe 27 juillet 2010

    Merci à toi mon cher Dan ! Ton commentaire me touche beaucoup. En effet, les hommes chantent aussi le fado ; tu peux écouter un monsieur très brillant sur un film que j’ai réalisé dans un restaurant lisboète (excuse-moi, j’ai illustré mon article après sa publication). Si tu veux apprécier l’art d’un grand fadista portugais, écoute Camané ;-) Porte-toi bien !

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Intoxicação alimentar

23 juillet 2010

Aujourd’hui, je n’ai qu’un seul mot à la bouche : pardon. Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour mon retard, mais je suis actuellement victime d’une intoxication alimentaire. Les douleurs étant plus calmes, j’en profite pour passer ici vous donner des nouvelles. Soit dit en passant, lorsque vous partez dans un pays du sud, et plus particulièrement en été, évitez les fruits marins et les viandes particulièrement douteuses. Les portugais m’ont prévenu d’une maxime très courante ici : ne mange jamais des fruits de mer dans les mois sans R. Je suis prévenu ! L’épreuve maintenant est de ne pas se laisser abattre à cause d’une maladie de passage.

Mon séjour linguistique se poursuit à merveille, même qu’il se termine officiellement ce soir à minuit. Si tout va bien, je serais apte à quitter mon lit et à retrouver des amis d’un temps fabuleux au fameux quartier du Bairro Alto. Heureux et fier, je quitte l’école CIAL – Centro de Línguas avec le sourire, puisque je repars avec un certificat niveau C2 reconnu par le standard européen des langues. Si un jour l’envie vous prend d’apprendre le portugais, et vous auriez raison, n’hésitez pas à rejoindre ce cadre fantastique. Les professeurs sont on ne peut plus professionnels et très attachants. L’école est toujours attentive à vos attentes ; il suffit de parler aux gentils réceptionnistes et ils se chargeront de vous rendre votre séjour meilleur. Très bien située, l’école se trouve à proximité de toutes les commodités. De plus, elle propose une activité extrascolaire par jour et toutes sont gratuites. N’hésitez pas, vous vivrez une expérience hors du commun.

Demain, je m’en vais à Porto rejoindre les miens. Au cas où vous ne seriez pas au courant, je suis d’origine portugaise et presque toute ma famille vit dans une petite ville proche de Porto. Je suis né au Portugal et, même si j’ai rejoint la Suisse avec neuf petits mois, j’ai gardé en moi un lien très fort avec mes racines. Le temps du repos s’impose. Je vous réserve encore trois articles originaux, que vous lirez tout bientôt. Après, je m’éclipserais l’espace de deux semaines et je vous retrouverais à Berlin, ville fragile et moderne. D’ici-là, portez-vous bien et portem-se mal !

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Boca do Inferno

20 juillet 2010

A Cascais, petite ville faisant partie de la région de la grande Lisbonne, il existe un endroit mystérieux et somptueux : la bouche de l’enfer. Pour s’y rendre, il suffit tout simplement de prendre le train depuis le Cais do Sodré. Avant d’arriver à destination, on profitera d’un voyage d’une trentaine de minutes, offrant une sublime vue sur le Tejo, le passage aux eaux salées et les plages. En arrivant, une petite promenade paisible au bord de l’Atlantique s’impose. Puis, il sera temps de rejoindre les ténèbres.

Bordant l’océan, la bouche de l’enfer est un endroit particulièrement mystérieux. Les rochers autour de nous nous attirent vers le vide. L’espace d’un instant, on se sent comme si l’on était sur une grande falaise irlandaise avec l’envie de s’envoler vers une autre vie. On aperçoit très vite ce coin particulier du Portugal, en forme de gueule de loup, qui attira plus d’un désespéré lors des précédentes décennies. Il faut savoir que ce lieu est connu pour son nombre désastreux de suicides. Offrant un panorama incroyable à la victime de la tristesse, la bouche de l’enfer est considérée comme la forme la plus romantique et poétique de mettre fin à ses jours.

A mon sens, une chose n’arrive jamais par hasard. Etant terriblement intrigué par cette mystique bouche de l’enfer, je croise le chemin de trois jeunes femmes brésiliennes on ne peut plus spirituelles. Elles étaient assises sur de grosses pierres, l’une guitare à la main, et ensemble elles chantaient des chants rendant grâce à Dieu. Vous ne trouvez pas cela surprenant de croiser la spiritualité, ou plutôt la foi, en enfer ? Quelle belle rencontre en tout cas ! Grazielli, Renata et Patricia m’ont offert une belle philosophie de vie.
Grazielli m’explique que les choses simples nous font sourire. Les êtres humains, selon elle, compliquent tout. Pour cette maman artiste, Dieu est tellement facile d’accès ; il faut constater, bien évidemment, qu’autour de nous se trouve une quantité de gris épouvantable, mais qu’il y a aussi de l’espoir dans le bleu de l’océan et du ciel. Un goéland passe et ajoute à notre conversation une touche de pureté. A Patricia d’ajouter que nous n’avons pas besoin d’adhérer à une religion propre, mais de savoir qu’il existe en nous une grande spiritualité et qu’il nous faut être en symbiose avec elle. Dieu est un tout. J’apprends ensuite que Renata a été la grande gagnante d’un concours de musique spirituelle à Lisbonne. Plutôt réservée, elle exprime quand même sa volonté de composer pour l’humanité et spécialement pour Dieu. Toutes trois me font un petit concert non loin des lèvres de la bouche de l’enfer.

O teu abrigo est un des titres de leur répertoire. Il parle de la peur que l’on peut rencontrer dans nos vies pour divers motifs. Le meilleur moyen d’y faire face et de s’abandonner à un être divin, ici en l’occurrence Jésus, et d’en faire notre abris. Cela me rappelle drôlement le jour de mon arrivée à Lisbonne. Je ne dis pas que j’ai trouvé un refuge en Jésus, mais j’ai certainement confié ma peur à quelqu’un ou quelque chose de spirituel, afin de pouvoir avancer.
Que l’on soit croyant ou non, peu importe ! Ce qui compte vraiment est de savoir ce que nous avons au fond du cœur. Le plus important est d’être bien avec soi-même. Rencontrer des gens d’ailleurs est une richesse que nul ne peut nous voler. On grandit à l’étranger. Nous désaltérons nous cœurs desséchés. Et nous rentrons à la maison avec de belles histoires à raconter.

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Hallelujah !

  • Franziska 20 juillet 2010

    Quelle belle morale, très belle vérité. Cet endroit a l’air sublime et mystérieux. Là où tout commence ou là où tout prend fin. Il est vrai que ces rencontres, personne peut les voler et ça change beaucoup en nous-même.

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Bilhete postal

17 juillet 2010

Il y a des jours où l’on se demande si notre œuvre vaut vraiment la peine d’être lue. Est-ce que notre vie mérite tout l’intérêt qu’on lui porte ? Je me pose parfois cette question et souvent je ne trouve pas la réponse. Qu’importe ! L’essentiel aujourd’hui est de savoir que je suis fier du chemin que j’ai parcouru jusqu’ici. Mon année sabbatique a été remplie de bonheur et de succès. J’ai rencontré des gens sur ma route, que jamais je n’aurais rencontré si je n’avais pas pris la décision de tout stopper pour une année. Les séjours linguistiques qui s’offrent à moi ne sont que l’heureuse conclusion d’une aventure humaine exceptionnelle.
Lorsque je me suis inscrit au concours Blog It, jamais je n’aurais cru être sélectionné. J’étais en train de réaliser un projet sur la toile, qui se concrétisera certainement à la fin de l’été, au moment où j’appris la nouvelle. J’étais comblé et dépité en même temps. Un grain perfectionniste, je ne pouvais pas croire que l’on puisse faire confiance à mon talent. Aujourd’hui encore, je ne sais pas vraiment comment aborder mes lecteurs sur ce blog, puisque j’ai l’impression de ne jamais intéresser personne. Cela dit, je sens le bien-être procuré par cette expérience et j’en remercie les protagonistes.
Beaucoup pensaient, à mon sens, que j’allais être un portfolio interactif de Lisbonne. A la fin de la première décennie d’un siècle bien développé, je crois que chacun est capable d’aller feuilleter les guides touristiques ou faire un tour sur le net pour connaître la capitale du Portugal d’une manière très exhaustive. Je ne suis pas ici pour cela. J’espère que vous comprenez que je partage tout simplement une expérience de vie et que la ville aux sept collines n’a pas le même goût pour moi que pour un autre. Nous vivons tous au même moment une histoire différente. Cela dit, j’ai tout de même pensé à ces gens qui veulent voir de belles photographies de Lisbonne. C’est pourquoi je vous propose mes petites cartes postales, photographiées lors de moments de pure évasion.

Le château de São Jorge

Vue sur Lisbonne

Le pont Vasco da Gama

Le pont du 25 avril – Vue sur le Christ Roi

Au bord du Tejo

Monument des Découvertes

La Tour de Belém

Praça de Espanha – Parc Gulbenkian

Praça dos Restauradores

  • Franziska 17 juillet 2010

    C’est vraiment très beau et j’ai hâte de découvrir cette ville. Les monuments sont une chose, les beaux paysages aussi mais cela ne forge pas un caractère. Le plus important c’est ce qu’on vit, ce qu’on traverse et endure, ce sont les gens qu’on rencontre et qui nous entoure, toutes ces expériences accumulées font ce que nous sommes. Tu vis une expérience unique et pas toujours évidente. Seul, loin de tout, rencontre de gens qui partent et viennent; une sorte de passage dans ta vie mais à jamais dans ton esprit et ton coeur. Un séjour intense en émotions.

  • Dan 18 juillet 2010

    A travers tes écrits, j’ai (re)appris une belle morale; Ne jamais se fier aux préjugés! Maintes fois dite, maintes fois répétée, pourtant jamais vraiment respectée. Cette morale ne peut mieux être prouvée que par ton voyage.

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Obrigado Saramago

17 juillet 2010

Sempre chegamos ao sítio aonde nos esperam.
O LIVRO DOS ITINERARIOS

Le jour où je suis arrivé à Lisbonne, on enterrait José Saramago. Ce dernier obtint le prix Nobel de la littérature en 1998, étant ainsi le seul et unique portugais dans cette catégorie. Grand écrivain du XXe et du début du XXIe siècle, ce personnage n’a cessé de faire parler de lui. Nihiliste affirmé, il fit toute sa vie durant une grande critique sociale et politique de son pays. Rejeté par une certaine majorité, c’est aux îles canaries (Espagne) qu’il se réfugia, afin de trouver la paix et l’harmonie jusqu’à la fin de ses jours. En ce moment, tout comme Jacques Chessex en Suisse lors de sa mort, tout le monde parle de l’homme le plus polémique du Portugal.

Se podes olhar vê.
Se podes ver, repara.
O LIVRO DOS CONSELHOS

José Saramago a quitté ce monde en laissant derrière lui une vie chargée et une œuvre monumentale. N’ayant vu que l’adaptation de son livre, Ensaio sobre a cegueira (L’aveuglement / Blindness) au cinéma, je n’avais pas une grande idée de son parcours. Influencé par les premières personnes que je rencontrai à Lisbonne, je me disais que ce personnage était vil et cruel. A mes yeux, il n’en valait pas la peine. Certains libraires jugeaient son style terriblement douteux, en accusant sa syntaxe hors du commun. Un professeur me dit aussi qu’il ne comprenait pas pourquoi l’on avait affiché partout dans la capitale des pancartes avec Obrigado Saramago. Il estime qu’il ne doit pas être reconnaissant envers un homme arrogant, qui a fait renvoyer plusieurs journalistes du Diário de Notícias tout simplement parce qu’il n’aimait pas ce qu’ils faisaient, etc. J’étais envahi de préjugés.
D’un autre côté, Isabel, une professeure du Cial – Centro de Línguas, me demanda de réfléchir un petit peu sur la vie de cet homme mystérieux. Elle l’aime beaucoup certes, mais elle me suggéra de réfléchir avant d’émettre un jugement hâtif. C’est ainsi que je compris que Saramago était effectivement arrogant, mais sous cette arrogance se cachait une grande timidité. C’était un homme extrêmement sensible, qui a certainement souffert de son athéisme dans un pays on ne peut plus religieux. Il eut une enfance peu ordinaire et vécut longtemps dans la pauvreté. Cela ne fait pas de lui un homme à plaindre, mais un homme à reconnaître en tant que grand artiste pour son génie. Américo, l’un de mes amis artistes, estime que Saramago est l’un des plus grands écrivains de notre temps. Malgré cela, il y a des livres de l’auteur qui lui ont laissé un goût amer, ce qui démontre l’humanité de l’écrivain : grandes qualités et certaines faiblesses. Sans offenser la culture portugaise et en ayant un regard objectif et critique, l’œuvre de José Saramago fait désormais partie du panthéon de la littérature universelle, qu’elle critique ou non les mœurs d’un pays tout entier.

Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte à quel point la langue portugaise est une richesse. Elle donne accès à la lecture d’œuvres monumentales, souvent mal traduites. Je me rends compte aujourd’hui que j’ai la chance de pouvoir lire un Saramago en version originale. Je ne dis pas que les traductions sont mauvaises, mais vous comprendrez que c’est comme au cinéma : la version française est bien, mais l’originale est mille fois meilleure. Si je devais vous conseiller cinq livres du Nobel 98, ce serait As pequenas memórias, Levantado do chão, Ensaio sobre a cegueira, A viagem do elefante et O ano da morte de Ricardo Reis. Ce dernier rend un hommage à Fernando Pessoa et à l’un de ses principaux hétéronymes. A mon sens, José Saramago était un peu comme Pessoa, mais dans une version nihiliste. Il vouait un amour inconditionnel à sa patrie, c’est pour cela qu’il la critiqua à maintes reprises, manifestant ainsi sa tristesse. Quant aux autres livres, vous retrouverez des récits de son enfance, la description la plus parfaite de la région du Alentejo, une critique de l’humanité ou encore un récit de voyage on ne peut plus original. Croyez-moi, je n’ai lu aucun de ces livres et ce sont ceux que la majorité me conseille. Ils m’ont attiré comme un aimant. Je remercie le Ciel (ou ce que vous croyez juste de remercier) de pouvoir bien maîtriser le portugais, afin de comprendre davantage cette magnifique culture lusophone.

Deixa-te levar pela criança que foste.
O LIVRO DOS CONSELHOS

Au-delà des grands récits intellectuels, qui nous laissent souvent des sujets à réfléchir, il existe aussi des histoires simples. José Saramago en a rédigé deux : O Conto da Ilha Desconhecida et A Maior Flor do Mundo. Cette dernière nous ramène en enfance et nous demande de bien vouloir penser à l’enfant que nous avons été et que nous sommes probablement toujours. Ci-dessous, vous trouverez ce conte animé produit par la télévision espagnole, afin de faire connaître ce conte merveilleux. Le narrateur, qui n’est autre que José Saramago lui-même (vous le reconnaîtrez dans le court-métrage), dit qu’il faut savoir utiliser des mots simples pour séduire. Quand nous racontons des histoires, quelles qu’elles soient, il ne faut jamais oublier la simplicité, cette qualité qui bouleverse le cœur humain. Chacun verra dans cette histoire un détail qui le touchera. Pour ma part, ce fut cette fleur si proche de l’Homme qui me bouleversa. Parce que finalement, n’importe qui peut être la plus grande fleur du monde pour quelqu’un.

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Source :
SARAMAGO José, Portrait, http://blog.josesaramago.org (blog officiel de José Saramago).
ETCHEVERRY Juan Pablo, A Maior Flor do Mundo, http://www.youtube.com/watch?v=MNavjsXc12c (court-métrage réalisé en Espagne en l’honneur du célèbre conte de Saramago).

  • Franziska 17 juillet 2010

    Le court-métrage était vraiment beau. Simple et pourtant très profond. Je pense que c’est un homme qui laisse beaucoup derrière lui. J’ai bien envie de revoir Blindness et peut-être que cette fois-ci, on le verra différement. Très bel article et un très beau développement de tes opinions.

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Ler é viajar, viajar é ler

15 juillet 2010

Victor Hugo le disait : « Lire c’est voyager, voyager c’est lire ». Il n’avait pas tord. La connaissance commence par la lecture. Cette dernière nous permet de nous enrichir et ce, tous les jours de l’année. Quel que soit le support choisi (livre, journal, blog, etc.), nous avons toujours la possibilité de nourrir notre intellect. Tout cela va de soi, mais qu’en est-il de l’aspect financier ? Bien que très attrayantes, toutes ces oeuvres ont un prix. En Suisse, nous avons très souvent la possibilité de nous offrir des bouquins, la preuve étant chez les grands libraires qui sont loin de faire faillite. Au centre de l’Europe, par exemple, nous avons une chance inouïe d’avoir à disposition des livres de poches, qui nous donnent accès à tout genre de littérature pour des prix raisonnables. Le prix d’un livre, qui semble être un fait de rien du tout, est en réalité un énorme problème au Portugal.

Longtemps, j’ai pensé que le peuple portugais était en retard sur ceux du centre de l’Europe. C’est peut-être le cas pour plusieurs raisons. Le pays vit une crise accablante et nombreuses sont les personnes qui se sentent perdues au milieu de son système. Nous pensons souvent aux gens pauvres et démunis en Afrique, au Proche-Orient, ainsi qu’au Moyen-Orient, et nous avons raison de le faire, mais il faudrait aussi qu’on regarde près de chez nous. Pour ce qui est du Portugal, je suis choqué à chaque fois que je le retrouve. Dépaysé et ému par la sensation de me retrouver dans ma terre natale, ce n’est pas sans une certaine tristesse que je remarque la pauvreté de plusieurs choses. Internet est arrivé très tard et, encore aujourd’hui, rares sont les familles ayant un accès illimité sur la toile, ainsi que les points wireless gratuits. Beaucoup se déplacent dans un cybercafé où une heure de surf peut coûter jusqu’à deux euros. Quant aux livres, il ne faut surtout pas être cardiaque ; leurs prix sont immoraux. Les poches sont rares et un bouquin atteint au minimum les dix euros. Suite à la mort du seul prix nobel de littérature portugais, José Saramago, vous retrouvez toutes ses oeuvres sur le marché, mais aucune ne quitte la dizaine pour l’unité et beaucoup atteignent la vingtaine. Tout ceci me fait réfléchir. L’accessibilité n’est pas pareille dans tous les pays. La lecture est difficile d’accès et pour pouvoir voyager dans l’âme, le portugais doit avoir une énorme imagination. Ne dramatisons pas, le caractère mélancolique du portugais lui permet de rester en vie et même de positiver dans la tristesse. C’est avec grand plaisir que vous retrouverez dans le métro, les bus, les cafés et même dehors en plein dimanche estival des gens qui lisent des journaux et des livres. Ce phénomène est particulièrement neuf et il apporte avec lui un magnifique grain d’espoir, digne du vert qui se trouve sur le drapeau du Portugal.

  • Franziska 15 juillet 2010

    C’est incroyable, j’aurais jamais pensé. C’est vraiment dommage, car en même temps ils se pénalisent eux-mêmes avec de tels prix. Il est vrai que c’est difficile, quand on connait pas, où est le niveau de vie au Portugal mais je pense bien que c’est de loin pas comparable avec la Suisse. Par contre, je pense et suis meme convaincue qu’il s’y cache beaucoup de richesse dans la simplicité et la culture, c’est ça qui est beau!

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Sem pressas

15 juillet 2010

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Les montres suisses sont très populaires, mais elles ne garantissent pas la ponctualité de leurs porteurs. Les portugais adorent nos petites horloges à mettre autour du poignet. Cela dit, ils les utilisent pour savoir qu’ils sont en retard. En effet, le peuple lusitanien n’est pas pressé et aime apprécier chaque instant de la vie. Ici, on ne fixe jamais un rendez-vous à une heure précise, on dit toujours plus ou moins vers quelle heure il faut se retrouver. De plus, être en retard est un art qui sait s’apprécier ; en général, la tolérance des autres va jusqu’à une demi-heure, voire une heure. Au Portugal, il est, malgré tout, évident que la ponctualité épate. L’Histoire n’est pas une fautive, ni une responsable, mais elle veut que cette zone d’Europe soit ainsi. La dictature, entre autres, a été si difficile et longue (depuis les années trente jusqu’au 25 avril 1974), que la population a depuis décidé de vivre au jour le jour. Cela a ses défauts, mais aussi ses avantages. La grande hospitalité portugaise, par exemple, vient de ce dicton populaire : hoje por mim, amanhã por ti – aujourd’hui pour moi, demain pour toi. Les portugais sont très aimables et vouent un grand respect à l’être humain, bien que la ponctualité ne fasse pas partie de leur culture.

Une grande tendance compare le portugais à son frère espagnol et à son cousin italien. Si les espagnols sont vifs et joyeux, tout comme les italiens sont très expressifs, les portugais se montrent plus calmes et mélancoliques. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de caractère latin typique. Chaque pays du sud a ses caractéristiques. Le Portugal est tranquille et ne se préoccupe pas des soucis quotidiens, bien qu’il en ait énormément. Madalena, l’une des professeurs du CIAL – Centro de Línguas, me dit que les lisboètes ont le corps à Lisbonne et la tête à New York ; une ironie qui s’applique à tous les portugais pour dire que, tout compte fait, ils sont plutôt en avance. Mise à part cela, Lisbonne est la petite New York d’Europe : sirènes (souvent inutiles) et klaxons à volonté. Quant à Ana, une autre professeur, elle adhère au fait que les lusitaniens sont en retard et rarement pressés, mais que l’on ne peut jamais généraliser. Selon elle, tout peut dépendre de la situation. Prenez par exemple un mariage ; étant une cérémonie très traditionnelle et importante, chacun voudra être à l’heure et se presser de montrer qu’il est le plus beau et le plus magnifique. Selon moi, ceci reste de rares exceptions qui confirment la règle : les portugais sont très gentils et accueillants, mais ne venez pas chez eux en ayant un planning d’activités préparé, parce que vous ne le respecterez jamais. Laissez-vous emporter par la vie qui vous appelle.

Pour illustrer cet article, je vous propose une autre interprétation de mon amie Rosete Caixinha. Tout comme son titre, Sem Pressas (sans être pressé), la chanson parle d’une manière bien précise de voir la vie. Pourquoi vouloir aller vite si les bonnes choses de l’existence arrivent lentement ?

  • Dan 15 juillet 2010

    Je suis suisse, mais toujours en retard. Bon, je dis en retard, mais c’est au maximum 10 minutes. J’aime bien la philosophie des portugais. Porter une attention particulière à la mélancolie, regarder la vie couler comme un long fleuve tranquille…
    “Pourquoi vouloir aller vite si les bonnes choses de l’existence arrivent lentement ?” Quelle belle phrase. C’est vrai qu’en regardant de plus près, les bonnes choses de l’existence n’arrivent pas si vite.
    Avec tous tes articles, me voilà avec un nouveau regard sur le Portugal, loin de tous clichés qui se font ici.

  • Franziska 15 juillet 2010

    Il est vrai que j’aime vraiment pas être en retard, je pense que c’est un aspect typiquement suisse. Il m’arrive de l’être biensûr mais cela me stresse plus qu’autre chose, c’est fou. Ayant vécu pendant 2 mois avec une italienne, je suis immunisée maintenant contre les retards *rire*… Y a pas de mal de prendre son temps mais je pense qu’il y a des endroits ou des rendez-vous auxquels il faut éviter un trop gros retard.
    Il y a une belle citation de Manuella Maury (étonnée que tu ne l’ais pas mise) qui dit :
    Celui qui est en avance est un angoissé, celui qui est en retard est un agressif et celui qui est à l’heure est un obsedé. (corrige-moi si c’est pas correct).
    Je ne dis qu’une chose, il faut profiter de chaque instant, car on ne le vit qu’une fois.

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Nocturno do Tejo

13 juillet 2010

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Le sommeil n’est pas un bon compagnon au Portugal. Il semblerait qu’il soit synonyme de perte de temps ou de mort. La vie est si courte et si importante dans l’âme lusophone, que chacun se laisse bercer par toutes ces belles choses qui empêchent de dormir. Le Tage est une source d’inspiration pour toutes les âmes respirant l’air lisboète. Contrairement aux idées reçues qu’emporte chaque touriste avec lui, Lisbonne n’est pas bordée par l’Atlantique, mais bien par le magnifique Tage. Celui-ci a permis à un grand nombre d’artistes de peindre une partie de l’oeuvre de leur vie. C’est le cas de Rosete Caixinha, une amie exceptionnelle et aussi une grande et talentueuse chanteuse, et je vous propose par l’intermédiaire de sa vidéo de découvrir son art. La chanson Nocturno do Tejo décrit Lisbonne dans son entier. Elle a été écrite par Marcio Catunda, un diplomate brésilien de la CPLP (Communauté des Pays de Langue Portugaise), qui voue un amour intense à la ville. Rosete mit son poème en musique et l’interpréta avec une douceur incroyable, digne d’une diva du fado. Laissez-vous bercer par la féerie lisboète !

Lisbonne est une aventure à nulle autre égale. Le rythme de vie mené dans cette ville, voire même dans tout le pays, est complètement différent de ce que nous vivons en Suisse. Il arrive parfois que l’on goûte aux belles insomnies lusitaniennes dans le fameux quartier du Bairro Alto. La nuit tombée, cet endroit est synonyme de fête, de fado, de bars et d’animation. La jeunesse règne dans tous les esprits et tous les goûts sont comblés dans ce coin pittoresque de la ville. Personnellement, je me réfugie avec mes amis au belvédère de São Pedro de Alcântara, lieu offrant une vue magnifique sur Lisbonne, où nous chantons et échangeons nos récits de vie jusqu’à l’aube. A ce point précis de la capitale, on est envahi par une belle obsession de voyager. Lisboa, deixa-me sonhar !


  • Dan 13 juillet 2010

    La vie lusitanienne a l’air de te plaire Filipe! Que de fêtes et d’animations! Moi qui suis déjà allé à Lisbonne petit, j’ai de plus en plus envie de revoir cette ville dont je ne tiens que de vagues souvenirs. Pourquoi écris-tu donc si bien? Pour faire rêver, donner envie. (Stoppe-moi si je me trompe.) Hé bien c’est réussi. Faire de longs voyages seul, (re)connaitre une ville, un pays. Comme je te l’ai déjà dit, je me surprends parfois dans le train à rêver que je pars loin d’ici, à la recherche de nouveaux horizons. Que je t’envie. Mais tes écrits me suffisent (pour le moment) à imaginer la vie de Lisbonne. Mais la savourer doit être une tout autre chose.

  • Franziska 13 juillet 2010

    Que tu nous fait rêver! J’ai hâte de découvrir cette ville, ce pays et surtout tes racines. Que le voyage continue jusqu’à la nuit des temps…

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Lisboa brasileira

10 juillet 2010

La coupe du monde de football en Afrique du Sud touche à sa fin et demain nous saurons qui de l’Espagne ou de la Hollande sera sacrée championne du monde (pour votre information, le fameux poulpe Paul aurait prédit une victoire ibérique). Pour clôturer un mois très festif, j’ai décidé de me pencher sur ce qui m’a le plus frappé de la part des supporters présents à Lisbonne. Au risque d’en étonner plus d’un, ce n’est pas les portugais qui ont été les plus impressionnants, mais bien les brésiliens. Etant la deuxième communauté étrangère la plus nombreuse au Portugal, après l’Ukraine, le Brésil a su imposer sa bonne humeur légendaire.

Sur la place du Rossio se trouvait, il y a quelques jours de cela, une foule de personnes heureuses et pleines d’espoir pour une sixième victoire de la Selecção. Mon homonyme, Filipe, dit que la coupe sera brésilienne. Il exprime sa joie intensément et m’invite à entrer dans une danse typique d’Amérique du Sud. Un peu plus loin, je croise le chemin de Luciana, Caio, Otávio et Sergio. C’est avec le célèbre mot légal (à prononcer légao), qui n’est autre qu’une forme de dire « génial », qu’ils entrent eux aussi dans la danse. Luciana me dit, lors de ma brève interview, que son cœur était brésilien, mais que son rêve était portugais. Une réaction on ne peut plus humble et qui résume bien, à mon sens, l’état d’esprit des brésiliens lors de la coupe du monde.

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La tendance porterait à croire que les championnats sportifs sont la seule et unique raison qui ferait rejaillir les couleurs d’une nation dans les rues. Pour ce qui est du Brésil, je crois que l’Histoire dépasse les beaux artifices que l’on rencontre tous les quatre ans. Découvert en 1500 par les portugais, ce pays n’a depuis cessé de faire rêver les lusitaniens. Au Portugal, il existe non pas un rêve américain, mais un rêve brésilien. Ici, le Brésil est synonyme d’exotisme, d’évasion, de fantaisie et de paix. Lieu éternellement choisi pour la fugue portugaise, y compris par des rois en péril, la terre de l’espoir a établi un lien très fort avec la terre de la mélancolie. De plus, dans le fameux quartier du Chiado, non loin du célèbre Bairro Alto, se trouve le mythique café A Brasileira, là où Fernando Pessoa passait son temps à écrire et aussi, quelques années plus tard, où se retrouvaient ensemble des artistes et des journalistes engagés et des hommes favorables au régime salazariste. Ce lieu est devenu un repère capital pour les lisboètes, tout comme le Brésil l’a toujours été depuis sa découverte. Gare à ceux qui croient que les brésiliens ne peuvent pas voir les portugais en peinture et vice-versa ; ce ne sont là que de vieux clichés sans saveur ! Le Portugal et le Brésil, selon ce qu’en pense les médias et les passants, sont des frères de cœur.

  • Line 11 juillet 2010

    Whaou!! Et ça malgré la distance…
    Filipe continue d’écrire comme ça c’est superbe…

  • Franziska 11 juillet 2010

    Voilà, c’est la fin. Les voisins du Portugal sont sacrés champion du monde. Je ne sais pas comment est vraiment la relation entre le Portugal et l’Espagne mais je dois avouer que j’ai été étonnée d’apprendre qu’avec le Brésil vous soyez si proche; je trouve ça beau. Si différent et si loin et pourtant si proche… Continue avec tes beaux récits, cela nous fait voyager avec toi.
    Je t’aime plus que tout!

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Querido Fernando Pessoa…

8 juillet 2010

Cher Fernando Pessoa,

Le temps passe et je n’ai plus que ton œuvre comme souvenir. Je revois ton visage, de temps à autres, sur de vieilles photographies. Que le temps passe vite… Il me semble pourtant que tu es parti hier à la recherche d’un monde meilleur. Je suis arrivé à Lisbonne, il n’y a pas si longtemps. En me rendant chez toi, j’ai trouvé une réception à l’entrée. Une dame prétendait te connaître mieux que quiconque. En effet, elle n’avait pas tord ; elle a certainement été l’une de tes maîtresses cachées, étant donné que tu ne laissais pas l’amour charnel te conquérir. Elle m’expliqua que tu avais laissé à notre cher et tendre Portugal un héritage somptueux. Quelle fierté pour la nation de t’avoir à ses côtés ! A toi seul, tu as créé un style littéraire bien propre : le saudosismo. Tu n’imagines pas ma peine lorsque j’appris que tu ne serais pas là pour me guider. Soit, il me reste ton œuvre, que le monde artistique ne cesse d’admirer, et parfois je dévore ta pensée. Après tout, toi aussi tu voulais être seul pour affiner ton génie ; peut-être souhaites-tu que je me questionne un peu sur le monde avant de retrouver les autres et leur bel enfer.

Sais-tu que la plupart des portugais n’accordent aucune importance à ta maison ? N’est-ce pas un peu ingrat ? Bien sûr, il y a la tour de Belém, le monument en l’honneur des conquistadors ou même le château de São Jorge qui font briller la capitale, mais voir ta maison est bien plus enrichissant. Ne sois pas triste, le monde est ainsi fait. Le Portugal t’aime, mais sa mélancolie l’aveugle à maintes reprises. La mémoire des lusitaniens est identique à celle d’un éléphant : ils n’oublient rien, ils gardent tout en eux. En ce moment, la mort de Saramago est bien plus importante que ta riche histoire. Je parle beaucoup de toi dans mon entourage et j’insiste en disant que tu es un grand écrivain portugais, le poète le plus fantastique du monde et la preuve que la vie ne suffit pas. Il faut des gens comme toi, qui parlent de l’intranquillité et de l’envie profonde de voir un peuple évoluer positivement. Il est bon de savoir que tu es un portugais d’âme et de cœur. Attristé par les tiens, tu n’as cessé de démontrer leurs faiblesses, tout en gardant un amour inconditionnel pour eux. Tu es, sans nul doute, ce genre de personnes qui n’abandonne pas à la première déchirure. A part cela, j’ai vu ton visage dans mon passeport, je ne sais pas si tu es au courant que ton portrait voyage partout.

Ah ! ta maison, ta belle maison, qu’elle est paisible et tranquille ! Pardonne-moi, mais je suis allé voir ta chambre, peu après avoir contemplé ta machine à écrire. Tu as gardé ta fameuse commode où tu t’amusais à rédiger dessus. Tout est en ordre, si ce n’est que tu laisses encore et toujours ta chemise sur ton lit. Est-ce encore l’un de tes hétéronymes qui nous fait le coup ? Quoi qu’il en soit, c’était un plaisir immense d’être allé chez toi. Tu n’y étais pas et mon bonheur fut peut-être doux-amer, mais quelle joie que de passer mon temps en compagnie de ce qui t’es proche !
Je ne t’ai pas aperçu non plus à la bibliothèque qui se trouve juste en dessous de ta chambre. J’y ai rencontré José, un admirateur qui garde précieusement tes livres et ton savoir. C’est un homme brillant, qui a su me guider sur les chemins les plus sombres de ta mémoire. Ne m’en veux pas, je t’admire énormément et je souhaite connaître davantage ton génie. José m’a encouragé à aller de l’avant avec mon ambition de devenir écrivain ; si je t’avais croisé, je suis sûr que tu en aurais fait de même. Dis-moi, est-ce que ce José ne serait pas encore l’un de tes personnages mystérieux ? Quoi qu’il en soit, il est à l’écoute de son prochain et guide quiconque souhaite en savoir davantage sur toi et ça c’est plutôt encourageant.
Maman pense que je suis comme toi : envahi par la saudade et heureux (et non orgueilleux) d’être portugais. Je crois qu’elle a raison. Cela dit, je ne souhaite pas être ta copie conforme, mais j’espère être un jour à ta hauteur. Jusqu’à là, je peux encore attendre quelques mois, voire même des années ou un demi-siècle pour l’être, mais je suis fier d’avoir un ami, disons un guide artistique, tel que toi à mes côtés. A propos, Maman et Papa t’embrassent.

D’une sincère et profonde amitié, je t’envoie mes meilleures pensées. Où que tu sois, sache que par cette lettre je t’embrasse chaleureusement.

Bien à toi,

Filipe Resende

PS : Les températures atteignent les quarante degrés à Lisbonne, c’est bien pire que l’intranquillité. Vivre, vivre, il faut vivre !

  • Franziska 11 juillet 2010

    On parle souvent de tous ses grands auteurs, chaque pays en possèdent. Toutes ses oeuvres publiées. Fernando Pessoa était sûrement une personne admirable est un écrivain de génie, j’aimerais beaucoup découvrir son oeuvre. Un jour le monde découvrira ton oeuvre et verra ton génie mais s’il le mérite, ça c’est une autre question…
    Pessoa, même si tu ne l’as pas aperçu dans les environs, est sûrement entrain de rêver cette belle lettre que tu lui as dédiée.
    <3

  • Dan 13 juillet 2010

    Toujours aussi beau. Quel bel hommage!! Et qu’est ce que je me réjouis de lire tes premiers essais, tes futurs romans aussi; ces textes que tu publies de temps en temps sur ce blog qui sont de vrais délices ne font que attiser mon impatience à lire tes futurs chefs-d’oeuvres.

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Estranha forma de vida

5 juillet 2010

Le réveil sonne, il est quatre heures et demi du matin. C’est aujourd’hui que je pars en séjour linguistique pour Lisbonne. Mes bagages sont prêts, mes parents sont émus de voir leur fils partir seul à l’aventure et mon cœur se remplit de félicité et de tristesse. Je pars enfin pour le bonheur, mais je me dois d’abandonner les miens pour quelques temps. Mon âme lusitaine prend le dessus et me voilà envahi par un magnifique fado. Je le sens, c’est le début d’une histoire et la fin d’une autre. Mon vol est à sept heures et, envahi par le stress, je pense que je vais louper mon avion. Arrivé à temps à l’aéroport de Genève, c’est non sans larmes que je dis au revoir à maman et papa. Dans un peu plus de deux heures, je serais loin, très loin. Je retourne chez moi comme un étranger. Quelle peur terrible ! Pourquoi suis-je aussi sensible ? Pourtant, tout a l’air si facile quand les autres nous parlent de leur expérience. Mais, il s’agit là de ma propre expérience de vie et je crois que la peur de grandir est un facteur terrible pour un jeune adulte. Cela dit, une invitation au voyage, cela ne se refuse pas. Un jour j’ai écrit sur un carnet qu’il vaut toujours la peine de chercher l’harmonie autre part. Ailleurs c’est mieux.

Que estranha forma de vida ! En effet, quelle étrange forme de vie m’attend à Lisbonne ? Après un vol agréable et enrichissant grâce à la rencontre d’Elisabeth, une femme sympathique qui part aux Açores voir les dauphins, je me retrouve seul au milieu de l’inconnu. A peine mes bagages en main, je me dirige vers la station de taxis. J’assiste déjà à une scène pimentée entre un policier et un jeune homme qui se refuse à faire la queue. Ce dernier, fou de rage, m’offre mon premier spectacle lisboète. Le Portugal n’a pas changé, le pays est resté plein d’énergie, qu’elle soit positive ou négative. Un chauffeur me fait signe d’aller vers lui et je grimpe immédiatement dans son véhicule. Je lui dis l’adresse de ma famille d’accueil et, à partir de là, nous entamons une conversation longue de vingt kilomètres environ. Il me dit tout de suite que j’ai l’accent du nord du Portugal et l’air rêveur. Du coup il s’aperçoit que je ne suis pas d’ici. Il n’a pas tord ; à ce moment précis de mon existence, je suis de nulle part. Ensuite, il continue à me raconter que le pays est ruiné et qu’il n’en peut plus de recevoir un maigre salaire, mais qu’il arrive quand même à vivre. Arriver à vivre, n’est-ce déjà pas une excellente satisfaction ? Certaines personnes se contentent d’exister. D’autres avant moi l’ont dit et redit. Voilà l’une des plus belles richesses du Portugal : on subit la pauvreté, mais pas la misère. Malgré les diverses crises, les gens savent être heureux, tout en gardant chacun une belle mélancolie, autrement dit un fado, en eux. Après cet intéressant trajet, je me retrouve dans le quartier de São Sebastião da Pedreira devant mon nouveau domicile.

Je sonne à la porte. On me demande qui je suis ; nous avons tendance à dire notre nom et notre prénom et le motif de notre venue, mais que répondrions-nous franchement à cette question ? Je laisse le mystère prendre place. D’une façon banale, je dis tout simplement que je suis un nouvel étudiant et que je suis attendu. Une dame de cinquante ans m’accueille et me montre ma chambre. Elle m’explique les règles de la maison et remarque que je suis pris d’assaut par la fatigue. Elle me demande de me reposer, ce qui est une sage résolution. Une fois posé sur mon lit, je me mets à pleurer comme une pluie de printemps. Je préfère choisir la voie de la facilité pour expliquer mon chagrin. Pour moi, tout n’est que lubie et mensonge. Je pense me mentir à moi-même en imaginant que je vais trouver l’inspiration à Lisbonne ; j’imagine que je ne suis pas un passionné du voyage et de l’aventure et que je ne vais pas vivre une expérience hors du commun. Je veux revoir maman, elle sait ce qu’il faut me dire. Cela est impossible. Je suis seul, terriblement seul. Cinq heures plus tard, ma tristesse est beaucoup plus grande. Je sombre dans les ténèbres et je suis encerclé par tant de lumière. Je ne comprends pas. Je ne réalise pas que le rêve se réalise. Le choc est brutal. Je décide de me promener dans les rues de la capitale lusophone, rien n’y fait. Le soir, je retrouve des amies artistes au casino de Lisbonne. L’une d’elles fait un concert somptueux, mais je peine à sourire. Après le spectacle, nous nous retrouvons et elle me remonte le moral. Elle m’explique comment est la vie à Lisbonne. Elle me tend sa main, tout simplement. Partir est si difficile qu’il est si simple de se perdre en chemin. C’est pourquoi il ne faut pas avoir peur d’accepter la main tendue dès le premier jour. Ainsi l’on commence mieux une aventure extraordinaire. Pour ne pas m’égarer, je me répète sans cesse que demain est un autre jour.

  • Dan 5 juillet 2010

    Moi qui n’ai jamais fait de voyage, cette expérience me semble déjà être une grande expérience de vie, malgré tout. Et quelle belle morale!

  • Franziska 6 juillet 2010

    Sans être avec toi, par ce texte on sent ton vécu. Ta description des portugais est très belle et je pense très juste. Je suis fière de toi et de tout ce que tu as accompli, tu es en train de vivre une expérience unique et malgré les jours plus gris, tu tiens le coup. Il ne faut pas penser que c’est évident de partir seul, loin de chez soi avec notre âge. Tu l’as fait et tu as eu beaucoup de courage.
    Continue comme ça et comme tu le dis si bien : demain est un autre jour.
    Amo-te !

  • Line 6 juillet 2010

    Je n’ai jamais entamé un voyage seule, malgé que cela me semble une magnifique expérience, je ne me sens pas encore prête… L’inconnu, tellement imprévisible est pénible je l’ai déja ressentis, même si je n’étais qu’à quelques pas de chez moi. Et comme tu l’as si joliment écrit, c’est le début d’une histoire et la fin d’une autre.
    Toutes mes pensées sont pour toi et bon voyage.

  • Julien 19 juillet 2010

    Ma première journée de voyage ressemble assez à la tienne ! réveil à 4h, depart d’avion à 7H; taxi jusqu’a la maison d’accueil. Présentation, et puis installation dans la chambre, et la coup de blues. Les minutes m’ont paru bien longue, pendant lesquelles je me suis senti vraiment seul dans un lieu inconnu..
    Et se rappeler des récits des autres ou tout semblait si lisse et facile..
    Au final, le moral est revenu, mais c’est dans ces moments la que ca fait du bien, un coup de fil, parler un peu à quelqu’un de proche, se sentir entouré malgré l’éloignement !

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