
Un voyage extraordinaire s’est à peine terminé, qu’un autre m’emporte déjà loin de chez moi. Ayant à peine le temps de réaliser que mon aventure au Portugal est belle et bien terminée, je m’aperçois que je suis dans l’avion en direction de Berlin. Et pourquoi d’ailleurs ? Ai-je réellement besoin d’aller en Allemagne ? Quelle créature divine m’a donné le goût de la langue allemande ? Des doutes. Plein de doutes à l’horizon. Je me sens si contrarié. Peut-être aurais-je dû prendre plus de temps pour réaliser ce que je vis. Qu’importe ! Aujourd’hui, j’assume mes choix et je n’ai rien d’autre à faire qu’à me laisser porter par cet infernal train quotidien qui me fait vivre mille et unes aventures. Ce retour à Berlin s’annonce prometteur.
Berlin. Ville qui n’est pas, ville qui est, ville qui sera. Aux environs de 17h30, mon avion atterrit à Schönefeld. Je suis seul et nostalgique. En sortant de l’aéroport, je repère des coins plutôt familiers. En avril dernier, j’ai rendu visite à ma meilleure amie, établie alors dans la capitale, qui a réussi son Goethe Zertifikat. Seulement voilà, cette fois-ci elle n’est pas là pour m’accueillir. Je dois me débrouiller par moi-même. Etourdi par la fatigue, je décide de prendre un taxi jusqu’au 20, Cheruskerstrasse à Schöneberg. Je suis dans un autre monde. J’oublie tout particulièrement que je ne suis plus à Lisbonne et que la coût de la vie en Allemagne est plus ou moins semblable à celui de la Suisse. Pour une distance relativement courte, je me retrouve avec un total de trente euros au compteur. Soit ! Cela m’apprendra à réfléchir davantage… Le taxi s’arrête. Je suis devant chez moi.
Je sonne. On m’attend. Cinq minutes plus tard, le temps de monter quatre étages à pied avec mes valises, je rencontre Susanne, propriétaire de l’appartement dans lequel je vais vivre et surtout ma première colocataire. Elle me montre son foyer, ma chambre, puis les autres pièces de la maison. Ensuite, nous discutons pendant une heure. De tout et de rien. Mon blues se dissipe. Je suis aux anges. Je me sens chez moi. A vingt et un ans, je vis ma première indépendance en appartement. C’est agréable et déroutant à la fois. Mesure-t-on vraiment le poids du mot liberté ? Je n’ai pas encore assez vécu pour y répondre, mais je crois qu’il est bien plus élevé que ce que l’on croit. Freiheit, voilà un mot que vous entendrez très rapidement ici. Je suis terriblement ému de voir à quel point le peuple allemand a su se relever à chaque épreuve infligée par les horreurs du passé. Et c’est ça Berlin : une force gigantesque et une volonté d’avancer, sans cacher ses fragilités.
J’aime l’allemand. Je le sais. Toutefois, je doute de mes capacités. C’est pourquoi j’ai trouvé un refuge chez Prolog, l’école que je vais fréquenter durant trois semaines. Sont au programme des cours intensifs on ne peut mieux préparés. L’après-midi, j’ai la chance de participer à une classe de groupe (au maximum cinq personnes) et le thème abordé est l’histoire de Berlin. Rien de mieux que pour se mettre dans le bain. Je suis plutôt content de ce que j’ai vu, même si la grandeur de l’école est terrifiante au premier abord. Il y a toutefois une chose qui m’attriste un peu : ce sont les gens qui sont ici par pure obligation ou tout simplement pour festoyer vingt quatre heures sur vingt quatre. C’est triste. Si triste que leur séjour perd tout son sens. Et puis il y a les francophones. Et j’en fais malheureusement partie ! C’est terrible, nous sommes partout. Je ne veux plus parler français avec qui que ce soit ici, mais cela risque d’être extrêmement difficile. Je me sens comme un arroseur arrosé, moi qui est tant blâmé les anglophones. Après tout, je suis celui qui a les cartes en main pour la suite de mon voyage. S’accrocher est le maître verbe. J’aime le français plus que tout au monde, mais l’allemand est mon plus bel amant.
John Fitzgerald Kennedy a dit un jour que le courage était un flamboyant mélange de triomphe et de tragédie. Partir seul à l’aventure, en séjour linguistique ou sac au dos, est une grande preuve de bravoure. Jamais je n’ai affronté mes démons de la sorte. Je suis néanmoins rempli de faiblesses, car je n’ai pas encore la maturité suffisante pour tout affronter. Cela dit, je trouve que ceci est une force qui s’imprègne en nous et qui ne nous quittera jamais. Défier ses limites est une activité extraordinaire. Je conseille au lecteur qui n’a jamais osé vivre une expérience pareille de mettre un pied dans le vide et de garder l’autre sur terre. Qu’il se lance celui qui se demande s’il est capable ou non de voir au-delà de son quotidien ! Je ne sais pas de quoi demain est fait. Je sais seulement que je trouve du bonheur partout où je vais. Je dois simplement le chercher, puisqu’il n’est pas facilement repérable. Mais, en général, je finis par le trouver. Et même si cette aventure s’avère être plus amère que celle vécue à Lisbonne, je suis malgré tout très heureux de pouvoir dire comme le charismatique Kennedy : Ich bin ein Berliner !

Ah oui, une tour impressionante. On se sent tout petit à côté et j’espère qu’un jour j’aurais l’occasion de monter au sommet.
Le Alexanderplatz, je n’oublierais pas. Les rats, les guêpes, c’est un petit Tiergarten… J’ai beaucoup aimé voir les artistes un soir, c’était une belle soirée. C’est une place très demandée dans la télévision allemande, on voit souvent cette belle tour et cette grande place.