Auf Wiedersehen, Até Sempre!

28 août 2010

Voilà, c’est fini. Mes deux séjours linguistiques ont été formidables. Je rentre chez moi grandi et la tête pleine de souvenirs. Les rencontres faites tout au long de cet été furent incroyablement fortes. Aujourd’hui, je réalise à quel point nous avons de la chance de pouvoir voyager facilement et découvrir de belles âmes partout dans le monde. Même si ce n’était pas tous les jours facile, après une telle aventure, on ne retient que le positif et on avance avec une énergie hors du commun. Je m’adresse maintenant au lecteur intéressé : si tu as un jour le temps et l’envie de partir, il ne faut surtout pas hésiter. Il faut se laisser ronger par le doute et affronter ses démons. Une fois sur place, on se sent perdu et complètement bouleversé. Transpercé par un chagrin hors norme, notre seule envie est de rentrer. Puis, très peu de temps après, on réalise que nous sommes ailleurs et on commence à admirer toutes les richesses qui nous entourent. Parce que c’est ça l’aventure : prendre un risque. La vie est une mise à l’épreuve et c’est fou ce que l’on peut se sentir fier d’avoir osé la faire.

Lisbonne est belle, magique et somptueuse. Berlin est fort, impressionnant et imposant. Deux villes complètement différentes et pourtant si magnifiques. Quel que soit notre dessein, il faudrait toujours avoir une petite pensée pour ces deux capitales. Si l’envie de s’évader nous prend, c’est à Lisbonne qu’il faut penser. Par contre, si l’envie de se secouer l’âme nous prend, c’est à Berlin qu’il faut se rendre. Bref ! Je n’ai plus assez de mots pour exprimer à quel point j’ai bien vécu cette expérience. Je suis vraiment heureux et ce n’est pas tous les jours que l’on se sent ainsi. Je remercie chaleureusement ESL et Tink.ch de m’avoir permis de partager mon expérience ici. Merci d’avoir cru en moi.

Voilà, c’est fini. On s’en va vers une autre vie. Mais cette vie sera toujours riche de ce qui s’est passé. Je vais, de mon côté, continuer à écrire jusqu’à l’épuisement. Un jour, peut-être, pourra-t-on trouver mon oeuvre en librairie. D’ici-là, je continue mon chemin avec mes projets théâtraux dans le Lavaux et la Riviera, mes créations littéraires et mes études en faculté de lettres à Lausanne. Vous pourrez me retrouver sur mon blog personnel, L’écrivain voyageur, et me suivre sur mon Twitter. Une fois encore, merci pour tout et à tout bientôt. Voilà, c’est fini.

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Denkmal für die ermordeten Juden Europas

28 août 2010

Il existe à Berlin un endroit très spécial, non loin de la Brandenburger Tor et de Potsdamer Platz . Aujourd’hui, on y trouve le mémorial aux juifs assassinés d’Europe, autrement dit le mémorial de l’Holocauste. Le concept est simple : les stèles représentent l’horreur de la Shoah. En se promenant à l’intérieur, plus on avance et plus on se sent désorienté, voire mal à l’aise. On se perd, on sent l’immensité nous dévorer et on essaye plus que tout de comprendre ce qui s’est réellement passé lors de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de personnes pensent que nous avons trop parlé du massacre des juifs, mais je crois que nous n’en parlerons jamais assez. Nous vivons dans un siècle dangereux, où la haine et le mépris d’une confession, d’une nation ou de l’humain ne sont pas très loin.
Il existe une distraction inévitable, surtout si vous visitez le mémorial avec un proche, que vous vous devez de faire : jouer au fameux jeu du chat et de la souris. On commence par se perdre volontairement, puis on essaye de se retrouver. Cela n’a jamais été aussi bon de retomber en enfance. L’insouciance, qu’il est bon qu’elle nous traverse parfois ! Saviez-vous que là où se trouve le mémorial se situait le tristement célèbre bunker d’Adolf Hitler ? C’est bien là que l’ignoble dictateur se serait donné la mort, souhaitant à la population de périr si la guerre était perdue. Peu de gens se rappellent de cela, mais Berlin fut bombardé en 1945, à cause de la folie d’un seul homme. Et, en face du Tiergarten, tout se décida. Berlin allait vivre les années les plus dures de son existence.

Après la guerre, les juifs ont vu leur nombre diminuer en masse. La communauté  juive allait tout de même rester importante à Berlin, même s’il ne reste aujourd’hui plus que 100′000 juifs en Allemagne. Certainement blessés par ce qui est arrivé, l’idée de retourner sur les traces du passé leur fut difficile à assumer. Toutefois, même si le pardon pourrait sembler trop facile ainsi, les allemands ont tenu à installer à Berlin un pavé d’or devant chaque maison où un juif déporté aurait vécu. Un bel hommage. Une manière admirable de reconnaître les erreurs du passé et d’avancer sans mauvaise conscience. Quoi qu’il en soit, l’Allemagne n’est pas celle d’hier, mais celle de demain où la tolérance est la plus belle richesse, en particulier à Berlin.

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Alexanderplatz und der Berliner Fernsehturm

27 août 2010

L’Alexanderplatz n’a rien de particulier ; les bâtiments qui l’entourent sont laids et l’influence de l’ancienne RDA n’aide pas. Cela dit, c’est ce côté pittoresque qui fait de cette place un endroit particulier. Nombreux sont les jours où les artistes des rues se réunissent autour de la célèbre fontaine, afin d’épater et de régaler nos yeux affamés. Chaque jour est un spectacle. On peut boire un verre en contemplant la foule, voir des rats s’introduire dans le mouvement, manger une glace et se battre avec des guêpes mortes de faim ou tout simplement monter au sommet de la grandiose et magnifique Fernsehturm. Quoi qu’il en soit, il y aura toujours quelque chose à faire à l’Alexanderplatz. Et si vous vous sentez un peu perdus, n’hésitez pas à aller consulter la belle horloge du monde.

La Fernsehturm de Berlin, symbole de l’ancienne Allemagne de l’est, est terriblement impressionnante. Ne nous attardons pas sur l’esthétique, car cette tour est tout simplement majestueuse. Elle peut tout être à la fois : un point de rencontre, un point de repère, tout comme un piège à touriste. J’habite loin de l’Alexanderplatz, mais depuis Julius-Leber-Brücke, là où je passe chaque matin pour aller à l’école, j’aperçois la magnifique tour et je me sens planer. Comme dans un rêve. Vivre près de monuments célèbres, cela n’arrive pas qu’aux autres. Un jour, sur des photos, à la télévision ou au cinéma, si la Fernehturm se présente, je pourrais dire : Dieu, qu’elle est belle, je l’ai touchée de mes propres doigts !

  • Franziska 27 août 2010

    Ah oui, une tour impressionante. On se sent tout petit à côté et j’espère qu’un jour j’aurais l’occasion de monter au sommet.
    Le Alexanderplatz, je n’oublierais pas. Les rats, les guêpes, c’est un petit Tiergarten… J’ai beaucoup aimé voir les artistes un soir, c’était une belle soirée. C’est une place très demandée dans la télévision allemande, on voit souvent cette belle tour et cette grande place.

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Tiergarten

27 août 2010

Cette nuit, je fais de l’insomnie. La fin du séjour approche et je traîne avec moi d’immenses récits de voyage. Ce soir, je me sens l’âme rêveuse et je repense à cet instant, unique en son genre, où je flânais tranquillement dans le Tiergarten. Cet immense parc est l’équivalent européen du Central Park de New York. A Berlin, détail que nombreuses personnes ignorent, la verdure est reine au printemps et en été. Il n’y a pas que l’Ecosse et l’Irlande qui ont le droit à ce privilège. Bref ! Je pense à ce jour on ne peut plus chaud, où la ville m’étouffait et où la populace devenait insupportable ; ce jour-là, je pus m’évader l’espace d’une heure, loin de la bêtise humaine (et surtout des nombreux touristes).
Point de carte, point de direction à adopter. Tel était mon dessein. Se laisser guider par le chemin qui s’offre à moi. Aller à la rencontre de Dame Nature au coeur de la Hauptstadt. Ma vie devenait une utopie, une farce, une fantaisie. Ma tête me laissa vide de toutes les banalités de l’existence. Une drogue forte, le meilleur paradis artificiel à visiter. Le Tiergarten n’est pas seulement un parc, c’est aussi le moyen le plus efficace de s’oublier et de prendre le temps de vivre.

  • Franziska 27 août 2010

    Un endroit qui me reste à découvrir. Cela fait rêver d’avoir un endroit comme ça calme au milieu d’une ville si mouvementée. L’endroit idéal pour s’évader, on a tous besoin de ça.
    Ah oui l’Ecosse, magnifique mais ce n’est pas ici qu’il faut en parler, parce que des choses y en a à dire mais là c’est la place de la merveilleuse ville Berlin et elle a tant à nous montrer.
    Geniesse deinen letzten Tag in Berlin und komm mit vielen schönen Errinerungen nach Hause.
    Je t’aime.

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Brandenburger Tor

23 août 2010

De nos jours, les grandes villes ont tendance à s’identifier à leurs monuments. Paris ne sera jamais sans sa belle Tour Eiffel et New York ne vous saluera jamais sans Marianne. Qu’en est-il de Berlin ? Eh bien ici, vous avez la Brandenburger Tor, somptueuse et magnifique ! Dès que vous la traversez, vous vous sentez tout petit. Cette porte est si imposante qu’elle donne une image parfaite à la capitale allemande : grande, spacieuse, mystérieuse et belle.
Bien avant d’être le symbole on ne peut plus touristique d’aujourd’hui, la porte de Brandebourg se situait à l’entrée de Berlin-Ouest. Nombreux furent ceux qui la contemplèrent, l’espoir au coeur, depuis l’est berlinois. Le peuple avait raison d’espérer, car depuis novembre 1989, le célèbre monument est reconnu comme symbole de l’unité retrouvée. Napoléon aura beau eu traverser cette porte comme un conquérant arrogant, jamais la mémoire collective ne s’en souviendra. Tout le monde se rappellera et commémorera la nuit du 9 novembre 1989, là où la révolution de la paix eut lieu.
Brandenburger Tor, la magnifique. Si vous passez à Berlin, laissez vous surprendre par ce que l’être humain est capable de réaliser. Offrez-vous une balade nocturne à Unter den Linden, sous les tilleuls, et contemplez le sublime !

  • Franziska 24 août 2010

    Un monument, qui de nuit, est tout simplement sublime. Un grand édifice pour une grande ville. Comme tu le dis, que serait Berlin sans sa porte si imposante. On se sent vraiment petit quand on est dessous. Un quartier magnifique, cela vaut le détour.
    Malgré la pluie, ce fut un très beau moment. <3

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Eine kleine Nachricht

21 août 2010

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Ich wünsche euch alles Gute !

  • lo 25 août 2010

    voilà un commentaire :-)

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Berliner Mauer

17 août 2010

S’il y a quelque chose qui fait bel et bien partie de Berlin, c’est le mur de la honte. De 1961 à 1989, il a séparé un pays en deux, brisé des familles, imposé la haine entre des êtres on ne peut plus semblables et définitivement planté un couteau dans le coeur allemand. Aujourd’hui, il est le symbole de la capitale. Il n’est pas là à titre décoratif, mais à titre préventif. Primo Levi disait que ce qui est arrivé peut à nouveau recommencer. Il ne faut jamais cesser de parler des terribles événements de la Seconde Guerre et de ce qui s’en suivit. A Berlin, nous sommes directement touchés par l’Histoire. Celle-ci est poignante et révélatrice du caractère distancé des allemands, une espèce de protection contre le monde. Un mur entre les hommes et point de pont à l’horizon.

En avril dernier, lorsque je découvris pour la première fois le mur de Berlin, je fus envahi par une émotion terriblement étrangère. Mon hypersensibilité me joua certainement un tour, car je ne pus empêcher les larmes de caresser mon visage. Lorsque l’on arrive devant la East Side Gallery, où l’on reste bouche bée devant des oeuvres d’art plus magnifiques les unes que les autres, ou encore à quelques pas du Check Point Charlie, où le mur est resté intact, on essaye de s’imaginer ce que pouvait être  la vie des autres du mauvais côté du mur. Et on pense que communisme et censure étaient les nouveaux dictateurs de l’est. C’est en tout cas ce que j’ai pensé pendant longtemps, jusqu’à ce que je voie le film Sonnenallee. Celui-ci raconte l’histoire des jeunes habitants de la RDA (République démocratique allemande) des années septante, qui étaient envahi d’espoir et de fougue, malgré les amertumes du siècle. Tout n’était pas si triste. Il y avait l’envie de vivre et l’attente de ce jour merveilleux où la liberté cesserait d’être emprisonnée, ce qui arriva le soir du 9 novembre 1989. En ce mois d’août, où je revois ce mur qui a bouleversé toute une ville, je me dis que le peuple allemand a certes beaucoup souffert, mais qu’il garde aujourd’hui en lui une volonté honorable de vivre en paix.

L’année où je suis né, le mur de la honte est tombé. Des hommes et des femmes ont enfin pu embrasser la liberté. Le soir du 9 novembre 1989, contrairement à celui de 1938 (la nuit de cristal), il n’y eut point de violence et de sang. Un jour symbolique et pacifiste à se remémorer encore et toujours. Les guerres ne sont pas faites pour durer ; l’injustice finit toujours par sombrer dans les bas-fonds de l’abysse. Et si un jour mon coeur se met à saigner, afin de me consoler, je penserais aux allemands qui se sont battus pour la Vie.

  • Franziska 27 août 2010

    Je ne sais pas s’il y a grand chose à ajouter. Un mur qui en le voyant nous raconte une histoire qui a marqué le peuple allemand pour les prochains siècles. Une grosse douleur, une longue histoire et un combat pour la vie. C’est bouleversant de se retrouver à côté d’un bout de ce mur et c’est très dur à s’imaginer comment c’était il y a 21 ans, il faut l’avoir vécu pour savoir.

  • Dan 9 septembre 2010

    J’ai appris un jour (de source sûre j’espère!), que chaque année était détruit un bout du mur. Cela me révolte! Je n’ai rien connu de la guerre, du communisme, etc…. Alors comment, si déjà les souvenirs s’effacent, les générations futures se rappelleront de ce qui s’est passé, pour que comme tu le dis, cela ne se reproduise plus jamais. Tu as été ému. D’autres le seront sûrement. Il ne faut surtout pas oublié ces souvenirs, certes mauvais, mais constructifs! (Comme tous les mauvais souvenirs, d’ailleurs.)
    Tout à fait d’accord avec toi sur ce point

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Vielleicht

14 août 2010

La vie est une perpétuelle remise en question. Quel que soit l’endroit où elle mène, nous prenons chaque jour des risques. La peur, cette garce infatigable, se rit de nous voir pleurer aux bras du doute. Ce dernier est impitoyable ; il tient à ronger notre frein. Le voyage est source d’espoir et de guérison ; il est censé nous apporter des réponses concrètes à notre existence et, malheureusement, nous ne les trouvons pas toujours. Et qu’en est-il de ces jours où rester enfermé chez soi est la meilleure des solutions ? On pense, on imagine, on fuit, on désespère et on vit. Berlin est une ville magnifique… Peut-être.

Aujourd’hui, tout va mal dans le pire des mondes. Je suis triste. Quel sentiment accablant, la tristesse ! Le ciel est gris ; le soleil me fait la tête, il ne veut pas m’encourager en cette journée d’été. Ma motivation est au plus bas, je n’ai plus rien à faire ici. Peut-être. Berlin était beau en avril, lorsque le froid lui donnait un charme absolu. Pourquoi ne me paraît-il plus aussi sublime qu’autrefois ? Est-ce parce que je n’arrive pas à me rendre compte que je suis bel et bien là-bas ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, je rêve d’un Berlin aux mille et une merveilles. Je sais que cela est possible. Mon amour va arriver dans quelques jours, apportant avec elle la promesse d’un avenir meilleur. D’ici-là, il faut que je m’accroche. Le chagrin laissera place au bonheur.

En revenant de Kreuzberg, hier soir aux environs de deux heures du matin, je suis tombé né à né avec une moto très particulière. L’espace de dix minutes, et Dieu sait comme c’est long dix minutes, je me suis mis à rêver. L’allemand ne se résume pas à Berlin. L’Allemagne a tant à offrir. Peut-être ai-je fait une erreur en m’inscrivant dans la capitale futuriste. Celle-ci n’est d’ailleurs pas représentative de son pays. Et puis, sans vouloir porter une atteinte quelconque aux francophones, il y a trop de gens qui parlent le français à Berlin. Comment progresser ? De plus, et ceci est un argument bien personnel, les adolescents sont bien trop nombreux à l’école. J’aime rencontrer des gens plus âgés, qui peuvent partager leur expérience de vie. Mes amis ont en général vingt-cinq ans ou plus, ce qui ne m’empêche pas d’avoir des amis de seize ans, soit (l’exception qui confirme la règle). S’il était possible pour moi de le faire, je prendrais cette moto et partirais à Göttingen. Parce que Barbara en parlait si bien dans sa chanson. Je ne connais rien de l’Allemagne, je croyais la connaître.

Mais je ne veux pas faire souffrir Berlin, parce que je l’aime. Oui, cette ville est si fragile et si forte à la fois. Qu’il ravale sa langue de vipère celui qui oserait me dire que je ne suis pas bien dans la capitale allemande ! Au contraire, j’aime cet endroit pour tout ce qui s’y est passé. Admirer la Brandenburger Tor et laisser l’émotion nous traverser est une activité qui n’a pas son égale. Aujourd’hui, je voulais simplement dire que j’étais peut-être en train de me tromper de chemin de vie. L’allemand n’est pas fait pour tout le monde, il vaut la peine qu’on se batte pour lui. Je ne sais pas si j’en aurais la force, mais pour sûr que je vais essayer ! Ma tristesse cherche une raison pour durer. Je peine encore et toujours à croire en moi. Pourquoi est-ce si difficile ? Illusions perdues… Peut-être. Rêves à solidifier… Peut-être bien.

  • Franziska 14 août 2010

    Les rêves, un phénomène très étrange après tout. On en a plein la tête, on rêve de rêver notre vie, on s’imagine le meilleur des mondes et on essaie de rendre cette illusion réelle. Une fois que le rêve est une réalité, il n’a plus le même goût. On doit le prendre comme il est, sans pouvoir l’imaginer. Parfois amer, éphémère mais parfois il nous donne ce petit bout de vie, de bonheur qui nous fait avancer. Berlin t’en a rêvé, tu l’as vu et maintenant tu le vit. Je comprends tes doutes, tout a été tellement vite et tu n’as pas le temps de suivre, la vie t’échappe en quelques sortes. Moi je crois fort au fait que l’allemand n’a pas été un mauvais choix, tu as défendu ta décision avec beaucoup de conviction il y a peu de temps et je sais que c’est toujours ainsi au fond de toi. Tu vois Berlin d’une autre façon et ce n’est pas facile; mais comme tu le dis, l’allemand ne se résume pas à Berlin. La ville où tu vis trois semaines, des cours que tu suis mais une langue que tu apprends pour l’avenir.
    En somme ce n’est pas ce que tu fais à Berlin qui importe, c’est ce que tu garderas en souvenir, ce que ça t’as appris. Je sais que tu vivras des instants, courts ou longs, qui te donneront le sourire, qui t’inspireront. Puise-là où toi tu trouves ta richesse, les rencontres. Tu es une personne forte et tu va en ressortir encore plus grandi.
    Ces deux semaines vont passer très vite et bientôt tu seras de retour pour d’autres aventures. J’ai hâte que tu me fasses découvrir cette ville et on passera de beaux moments ensemble. La promesse d’un avenir meilleur, on le sait les deux que cela arrivera.
    Je t’embrasse et t’envoie mes plus belles pensées, jointes avec beaucoup de soleil. Je t’aime.

  • Camille-Angelo 20 août 2010

    As-tu remarqué que littéralement “peut-être” en allemand peut se traduire par “beaucoup plus facilement”.

    L’éventualité et la part d’imprévisible qui lui est liée rend nos choix moins définitifs, nos situations moins fixées qu’il n’y paraît a priori.

    À bientôt, vielleicht, en tout cas c’était un plaisir de faire ta connaissance dans cette magnifique ville.

    Camille-Angelo

  • Dan 9 septembre 2010

    Cela fait longtemps que je ne suis pas revenu sur ton blog Filipe. Je découvre là, en retard, ton aventure berlinoise. Ah… malgré tout, tu es sacrément courageux. Te lancer comme ça dans une aventure de presque (Ou plus?) deux mois! Je me réjouis de te voir (encore plus!) grandi par tout ça. Tu as l’air d’avoir aimé cette ville. C’est génial; Bravo à toi et ton courage!
    Et je suis heureux de faire partie de tes amis de 16 ans. :)

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Ich bin ein Berliner !

10 août 2010

Un voyage extraordinaire s’est à peine terminé, qu’un autre m’emporte déjà loin de chez moi. Ayant à peine le temps de réaliser que mon aventure au Portugal est belle et bien terminée, je m’aperçois que je suis dans l’avion en direction de Berlin. Et pourquoi d’ailleurs ? Ai-je réellement besoin d’aller en Allemagne ? Quelle créature divine m’a donné le goût de la langue allemande ? Des doutes. Plein de doutes à l’horizon. Je me sens si contrarié. Peut-être aurais-je dû prendre plus de temps pour réaliser ce que je vis. Qu’importe ! Aujourd’hui, j’assume mes choix et je n’ai rien d’autre à faire qu’à me laisser porter par cet infernal train quotidien qui me fait vivre mille et unes aventures. Ce retour à Berlin s’annonce prometteur.

Berlin. Ville qui n’est pas, ville qui est, ville qui sera. Aux environs de 17h30, mon avion atterrit à Schönefeld. Je suis seul et nostalgique. En sortant de l’aéroport, je repère des coins plutôt familiers. En avril dernier, j’ai rendu visite à ma meilleure amie, établie alors dans la capitale, qui a réussi son Goethe Zertifikat. Seulement voilà, cette fois-ci elle n’est pas là pour m’accueillir. Je dois me débrouiller par moi-même. Etourdi par la fatigue, je décide de prendre un taxi jusqu’au 20, Cheruskerstrasse à Schöneberg. Je suis dans un autre monde. J’oublie tout particulièrement que je ne suis plus à Lisbonne et que la coût de la vie en Allemagne est plus ou moins semblable à celui de la Suisse. Pour une distance relativement courte, je me retrouve avec un total de trente euros au compteur. Soit ! Cela m’apprendra à réfléchir davantage… Le taxi s’arrête. Je suis devant chez moi.

Je sonne. On m’attend. Cinq minutes plus tard, le temps de monter quatre étages à pied avec mes valises, je rencontre Susanne, propriétaire de l’appartement dans lequel je vais vivre et surtout ma première colocataire. Elle me montre son foyer, ma chambre, puis les autres pièces de la maison. Ensuite, nous discutons pendant une heure. De tout et de rien. Mon blues se dissipe. Je suis aux anges. Je me sens chez moi. A vingt et un ans, je vis ma première indépendance en appartement. C’est agréable et déroutant à la fois. Mesure-t-on vraiment le poids du mot liberté ? Je n’ai pas encore assez vécu pour y répondre, mais je crois qu’il est bien plus élevé que ce que l’on croit. Freiheit, voilà un mot que vous entendrez très rapidement ici. Je suis terriblement ému de voir à quel point le peuple allemand a su se relever à chaque épreuve infligée par les horreurs du passé. Et c’est ça Berlin : une force gigantesque et une volonté d’avancer, sans cacher ses fragilités.

J’aime l’allemand. Je le sais. Toutefois, je doute de mes capacités. C’est pourquoi j’ai trouvé un refuge chez Prolog, l’école que je vais fréquenter durant trois semaines. Sont au programme des cours intensifs on ne peut mieux préparés. L’après-midi, j’ai la chance de participer à une classe de groupe (au maximum cinq personnes) et le thème abordé est l’histoire de Berlin. Rien de mieux que pour se mettre dans le bain. Je suis plutôt content de ce que j’ai vu, même si la grandeur de l’école est terrifiante au premier abord. Il y a toutefois une chose qui m’attriste un peu : ce sont les gens qui sont ici par pure obligation ou tout simplement pour festoyer vingt quatre heures sur vingt quatre. C’est triste. Si triste que leur séjour perd tout son sens. Et puis il y a les francophones. Et j’en fais malheureusement partie ! C’est terrible, nous sommes partout. Je ne veux plus parler français avec qui que ce soit ici, mais cela risque d’être extrêmement difficile. Je me sens comme un arroseur arrosé, moi qui est tant blâmé les anglophones. Après tout, je suis celui qui a les cartes en main pour la suite de mon voyage. S’accrocher est le maître verbe. J’aime le français plus que tout au monde, mais l’allemand est mon plus bel amant.

John Fitzgerald Kennedy a dit un jour que le courage était un flamboyant mélange de triomphe et de tragédie. Partir seul à l’aventure, en séjour linguistique ou sac au dos, est une grande preuve de bravoure. Jamais je n’ai affronté mes démons de la sorte. Je suis néanmoins rempli de faiblesses, car je n’ai pas encore la maturité suffisante pour tout affronter. Cela dit, je trouve que ceci est une force qui s’imprègne en nous et qui ne nous quittera jamais. Défier ses limites est une activité extraordinaire. Je conseille au lecteur qui n’a jamais osé vivre une expérience pareille de mettre un pied dans le vide et de garder l’autre sur terre. Qu’il se lance celui qui se demande s’il est capable ou non de voir au-delà de son quotidien ! Je ne sais pas de quoi demain est fait. Je sais seulement que je trouve du bonheur partout où je vais. Je dois simplement le chercher, puisqu’il n’est pas facilement repérable. Mais, en général, je finis par le trouver. Et même si cette aventure s’avère être plus amère que celle vécue à Lisbonne, je suis malgré tout très heureux de pouvoir dire comme le charismatique Kennedy : Ich bin ein Berliner !


  • Franziska 10 août 2010

    Quelle belle réflexion! C’est magnifique la façon dont tu décris ton ressentit. Berlin doit vraiment regorger d’une beauté unique et magnifique. Ce n’est pas un mal d’avoir ses doutes, tu te poses des questions et cela t’aide à te trouver et à savoir de quoi ta vie sera faite. Je crois en toi et en tes capacités et je sais que tu es capable de surmonter les obstacles sur ton chemin, t’en a déjà fait preuve plus d’une fois dans le passé. Ces derniers mois tu as tant vécu et tu nous fait rêver avec tes récits. Des instants en mémoire pour toute une vie. Ich liebe dich über alles!

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Amo-te Portugal

2 août 2010

Il est temps. Demain, je serais à nouveau en Suisse. Je laisse ici treize articles retraçant mon passage à Lisbonne. Il ne me reste plus que de beaux souvenirs à mettre dans ma valise. Qu’il fut doux et bon le temps passé au Portugal ! Comment oublier une expérience aussi enrichissante ? Croyez-moi, je donnerais vraiment n’importe quoi pour tout revivre à nouveau, vraiment n’importe quoi.

Lisbonne. Jamais je n’ai été aussi heureux de me perdre dans une ville. Je me rappelle d’avoir pris plusieurs fois des bus au hasard pour voir jusqu’où ils pouvaient me mener. C’est ainsi que j’ai découvert la ville aux sept collines. J’y ai vu le célèbre tramway 28, j’ai bordé le Tage et je suis rentré dans une carte postale vivante en arrivant à Belém. Du Cais do Sodré, j’ai pris le ferry qui me menait jusqu’au Christ Roi, tout en contemplant le majestueux pont du 25 avril. Plus d’une fois je me suis trompé en prenant le métro ; c’est ainsi que j’ai arpenté les plus belles rues d’Europe. J’ai croisé du monde. Il y eut des rencontres de passage qui dureront dans mon cœur. Ah ! Lisbonne, que j’aime ton âme mélancolique et ensoleillée !

Revoir ma famille n’a pas été la meilleure façon de prolonger mon séjour linguistique. Il reste, dans ma ville, une mentalité extrêmement fermée et tout leur semble être une tragédie. En tant qu’homme voyageur et libre, rester près d’eux est une terrible entrave. Cela dit, avec mon amour, j’ai profité de ma maison pour me reposer, tout comme des belles plages d’Espinho et d’Esmoriz. A Porto, j’ai fréquenté de nombreux centres commerciaux, afin de faire le shopping que je ne voulais pas me permettre à Lisbonne. Je suis allé au cinéma et j’ai pensé aux visiteurs comblés de savoir qu’au Portugal tous les films sont en version originale. Bref ! Je suis resté et je n’ai rien regretté.

J’aime le Portugal, je l’aime de tout mon cœur. J’y retournerais toujours, car je sais maintenant qu’il existe un endroit où je pourrais retrouver des beaux jours. Il existe ici une magie qui nous transporte autre part. Ailleurs c’est mieux.

  • Franziska 3 août 2010

    Te voilà en Suisse. Une grande aventure derrière toi, des instants a jamais gravés dans ton esprit. Merci d’avoir partagé avec moi un peu de ton expérience et aussi de m’avoir tant montré cette culture, ces endroits qui font partie de ta vie et de ton enfance. Le Portugal est un magnifique pays et je n’oublierai pas tous ces instants. Merci mon amour pour tout. Eu amo-te!

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Saudade

29 juillet 2010

Un jour, Benoît Maury a dit à sa fille Manuella : si tu ne sais pas où tu vas dans la vie, rentre à la maison. J’ai moi aussi suivi le conseil et il a porté ses fruits. Lisbonne a été un chapitre inoubliable de mon existence et à l’instant où il se terminait, soit la semaine dernière, je n’avais que mes larmes pour réaliser que tout était fini. Je ne pouvais pas rentrer en Suisse tout de suite, c’était impossible. Je me suis attaché à ce Portugal si fascinant. De plus, toute ma famille y vit. C’est sur le quai de la gare Santa Apolónia que j’attendais mon train pour Porto, le cœur embrasé de Saudade.

Le temps file et je n’ai encore rien dit. J’aurais aimé parler de chaque détail, chaque richesse rencontrée dans l’une des plus belles capitales du monde. Je n’ai même pas parlé des gens que j’ai rencontrés et aimés, ces êtres mystérieux et tendres qui ont partagé un morceau de leur vie avec moi. Nous rendons-nous toujours compte que, même s’il s’agit d’un bref passage, nous pouvons marquer l’esprit d’un autre ? Je n’en suis pas certain, mais je sais que je n’oublierais jamais ces amis des quatre coins du monde. Cela vaut la peine de surmonter ses peurs et d’oser vivre une expérience pareille. Jamais de ma vie je n’ai vécu une telle aventure. J’ai grandi, je le sens.

Je suis chez moi. J’habite dans la maison que mon père a lui même bâtie de ses propres mains. Je suis chez moi et ma famille m’entoure, mais j’en fais ma lubie. Ma vraie famille est au sud, à Lisbonne, et elle me manque terriblement. Heureusement, mon amour est à mes côtés, sa visite est une salvation. Je suis retourné voir l’océan, il m’a tellement manqué. Ses vagues ont bercé mon chagrin, douce amertume d’un temps passé. Je vis à peu près seul, la saudade au cœur et l’espoir en main. Non loin de Porto, je m’offre le repos que nous devons tous nous offrir. Et je pense, je pense beaucoup à demain, à l’avenir. Bientôt, je serais à Berlin et Lisbonne ne sera plus qu’un souvenir. Mais je ne veux pas qu’il en soit ainsi ; que l’on me donne la force de ne jamais oublier !

La saudade, c’est le bonheur d’être triste. Ce n’est pas de la mélancolie, ni de la nostalgie, mais un mélange de plusieurs émotions. C’est un sentiment on ne peut plus portugais et chaque visiteur se verra envahi par lui s’il s’attache à cette belle nation. Saudade du passé, du présent et du futur : voilà où j’en suis. Tout me manque. J’ai certainement manqué de voir des choses merveilleuses à Lisbonne, je ne profite sûrement pas assez de ma petite ville natale et je ne me rends pas compte, par peur de le vouloir, que je partirais bientôt. Le temps file et je n’ai encore rien dit.

  • Dan 31 juillet 2010

    Je ne sais plus quoi dire. Si je ne me tais pas tout de suite, je n’aurai de cesse de me répéter. Non, je ne vais pas dire que la “saudade” est un sentiment qui me plaît, même si je ne suis pas sûr de l’avoir déjà vécu. Je ne dirai pas non plus que l’envie de partir visiter le Portugal me remplit. (Wahou! Quelle belle litote! ^^ ) Filipe, cette aventure a l’air toujours autant fabuleuse, mais je me réjouis quand même de te revoir, bientôt.

  • Julien 2 août 2010

    J’aime beaucoup cet article, j’ai vécu et ressenti pas mal de choses similaires !

  • Elena 26 septembre 2010

    Coucou jeune homme..

    Te dire un petit mot sur ton blog..très belles photos avec de très beaux textes.
    Bravo et continu comme ça.
    Bisous et à bientôt peut-être.

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Leva-me aos fados

26 juillet 2010

Aux gens de ma terre, je dédie ce modeste article

Lisbonne a vu naître l’un des plus beaux genres musicaux au monde : le fado. Du latin fatum, ce mot signifie destin ; le chant exprime une belle mélancolie, soit le bonheur d’être triste. Le Portugal est un pays relativement calme et rêveur. Les mots Saudade et Fado sont si imprégnés dans sa culture, que les lusitaniens deviennent du coup, contrairement aux idées reçues, des gens très pacifiques. Chaque jour est une nouvelle histoire qui commence et seul le temps est maître de l’existence.

Le fado se chante avec l’âme et le cœur. Au diable toutes les règles musicales qui imposent une voix venue du ventre ! Il est, traditionnellement, accompagné par une guitare classique et par la fameuse guitare portugaise. Cette dernière inspira, par exemple, la création du très célèbre banjo. La chanteuse, autrement dit la fadista, est vêtue de noir et d’un châle rouge ou de la même couleur que son vêtement. Quant au chanteur, il se doit lui aussi d’être habillé de la même façon (sans le châle, évidemment). On peut expliquer cela très facilement : le noir symbolise le deuil et la tristesse. Le fado est, en général, le deuil d’une grande souffrance ou d’un heureux souvenir. La vie se raconte à travers cette musique du monde et elle ne ment pas.

Si vous passez par la ville aux sept collines, n’oubliez pas d’aller aux fados. Laissez-vous emporter par cette ambiance douce-amère, qui vous rendra le cœur plus léger. Si votre âme se sent triste et pleure à verse, partagez votre tristesse, même silencieusement, aux fados. Il n’y a pas remède plus tendre et poétique. A Lisbonne, vous le trouvez partout, du Bairro Alto jusqu’à l’Alfama. Cette dernière est la région idéale pour passer une soirée inoubliable. Il y a une place que j’ai nommé la place des fados ; elle est située juste en face du musée dédié à cet art traditionnel, que vous ne manquerez pour rien au monde de visiter (croyez-moi, vous n’en sortirez pas déçu). Là-bas se trouve des restaurants typiques où l’on peut manger, tout en appréciant un spectacle de qualité. Pour ma part, je vous conseille A Esquina de Alfama. Les prix sont raisonnables et les artistes aux grands cœurs, même que la cuisinière chante ! Je pourrais m’étaler, créer le plus long paragraphe de l’histoire, que cela ne changerait rien à ce que l’on vit dans ce magnifique quartier de Lisbonne. Appréciez les Artistes !

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Le Portugal a connu, et connaît toujours, de grands chanteurs de fado. Au panthéon, vous trouverez la tombe d’Amália Rodrigues. C’était une amie d’Edith Piaf, une femme d’exception et, tout simplement, la plus grande diva de la chanson lusophone. Cette chanteuse est le symbole artistique de toute une nation. En passant par Uma casa portuguesa, Barco negro, Solidão (Canção do mar), Primavera, Estranha forma de vida ou même Povo que lavas no rio, nombreux sont les titres encore et toujours admirés dans le monde entier. Si vous passez par ce petit pays ibérique, vous ne manquerez pas d’entendre parler d’Amália.
Aujourd’hui, le succès sourit, entre autres, à Mariza. Cette artiste originaire du Mozambique (ancienne colonie portugaise) a su mettre sa voix à profit du monde et c’est à travers la planète entière qu’elle partage ses sentiments. A mon sens, n’importe quel artiste de fado transporte avec lui, à chaque voyage, une quantité inattendue d’amertume et de passion, ce qui provoque à chaque rencontre une émotion intense. Mon fado préféré est un poème d’Amália Rodrigues, chanté par Mariza : Ó gente da minha terra. Cette musique retrace l’histoire d’un être humain qui comprend que sa tristesse, qui est aussi sa force, vient des siens. Le fado m’a permis de réaliser à quel point j’avais besoin de renouer avec mes racines. Grâce à lui, je peux avancer, car je n’ai plus peur.

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Source : MARIZA, RODRIGUES Amália, Ó gente da minha terra, FranciscoCampos.com

  • Dan 27 juillet 2010

    Je me vois de plus en plus rapproché du Portugal, à chaque fois que tu écrits un article sur cette belle nation. La mélancolie et la nostalgie sont, comme tu le sais, mes sentiments de prédilection. :) Je me suis surpris à me demander quand j’essayerai le fado dont je ne connais rien. Les hommes chantent-ils le fado aussi?
    Une amie d’Edith Piaf dis-tu? Elle ne peut être qu’une bonne chanteuse… Stop au fanatisme. Vraiment, merci. Tu m’as donné une soif de voyage pour Lisbonne impressionnante. Merci.

  • Filipe 27 juillet 2010

    Merci à toi mon cher Dan ! Ton commentaire me touche beaucoup. En effet, les hommes chantent aussi le fado ; tu peux écouter un monsieur très brillant sur un film que j’ai réalisé dans un restaurant lisboète (excuse-moi, j’ai illustré mon article après sa publication). Si tu veux apprécier l’art d’un grand fadista portugais, écoute Camané ;-) Porte-toi bien !

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Intoxicação alimentar

23 juillet 2010

Aujourd’hui, je n’ai qu’un seul mot à la bouche : pardon. Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour mon retard, mais je suis actuellement victime d’une intoxication alimentaire. Les douleurs étant plus calmes, j’en profite pour passer ici vous donner des nouvelles. Soit dit en passant, lorsque vous partez dans un pays du sud, et plus particulièrement en été, évitez les fruits marins et les viandes particulièrement douteuses. Les portugais m’ont prévenu d’une maxime très courante ici : ne mange jamais des fruits de mer dans les mois sans R. Je suis prévenu ! L’épreuve maintenant est de ne pas se laisser abattre à cause d’une maladie de passage.

Mon séjour linguistique se poursuit à merveille, même qu’il se termine officiellement ce soir à minuit. Si tout va bien, je serais apte à quitter mon lit et à retrouver des amis d’un temps fabuleux au fameux quartier du Bairro Alto. Heureux et fier, je quitte l’école CIAL – Centro de Línguas avec le sourire, puisque je repars avec un certificat niveau C2 reconnu par le standard européen des langues. Si un jour l’envie vous prend d’apprendre le portugais, et vous auriez raison, n’hésitez pas à rejoindre ce cadre fantastique. Les professeurs sont on ne peut plus professionnels et très attachants. L’école est toujours attentive à vos attentes ; il suffit de parler aux gentils réceptionnistes et ils se chargeront de vous rendre votre séjour meilleur. Très bien située, l’école se trouve à proximité de toutes les commodités. De plus, elle propose une activité extrascolaire par jour et toutes sont gratuites. N’hésitez pas, vous vivrez une expérience hors du commun.

Demain, je m’en vais à Porto rejoindre les miens. Au cas où vous ne seriez pas au courant, je suis d’origine portugaise et presque toute ma famille vit dans une petite ville proche de Porto. Je suis né au Portugal et, même si j’ai rejoint la Suisse avec neuf petits mois, j’ai gardé en moi un lien très fort avec mes racines. Le temps du repos s’impose. Je vous réserve encore trois articles originaux, que vous lirez tout bientôt. Après, je m’éclipserais l’espace de deux semaines et je vous retrouverais à Berlin, ville fragile et moderne. D’ici-là, portez-vous bien et portem-se mal !

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Boca do Inferno

20 juillet 2010

A Cascais, petite ville faisant partie de la région de la grande Lisbonne, il existe un endroit mystérieux et somptueux : la bouche de l’enfer. Pour s’y rendre, il suffit tout simplement de prendre le train depuis le Cais do Sodré. Avant d’arriver à destination, on profitera d’un voyage d’une trentaine de minutes, offrant une sublime vue sur le Tejo, le passage aux eaux salées et les plages. En arrivant, une petite promenade paisible au bord de l’Atlantique s’impose. Puis, il sera temps de rejoindre les ténèbres.

Bordant l’océan, la bouche de l’enfer est un endroit particulièrement mystérieux. Les rochers autour de nous nous attirent vers le vide. L’espace d’un instant, on se sent comme si l’on était sur une grande falaise irlandaise avec l’envie de s’envoler vers une autre vie. On aperçoit très vite ce coin particulier du Portugal, en forme de gueule de loup, qui attira plus d’un désespéré lors des précédentes décennies. Il faut savoir que ce lieu est connu pour son nombre désastreux de suicides. Offrant un panorama incroyable à la victime de la tristesse, la bouche de l’enfer est considérée comme la forme la plus romantique et poétique de mettre fin à ses jours.

A mon sens, une chose n’arrive jamais par hasard. Etant terriblement intrigué par cette mystique bouche de l’enfer, je croise le chemin de trois jeunes femmes brésiliennes on ne peut plus spirituelles. Elles étaient assises sur de grosses pierres, l’une guitare à la main, et ensemble elles chantaient des chants rendant grâce à Dieu. Vous ne trouvez pas cela surprenant de croiser la spiritualité, ou plutôt la foi, en enfer ? Quelle belle rencontre en tout cas ! Grazielli, Renata et Patricia m’ont offert une belle philosophie de vie.
Grazielli m’explique que les choses simples nous font sourire. Les êtres humains, selon elle, compliquent tout. Pour cette maman artiste, Dieu est tellement facile d’accès ; il faut constater, bien évidemment, qu’autour de nous se trouve une quantité de gris épouvantable, mais qu’il y a aussi de l’espoir dans le bleu de l’océan et du ciel. Un goéland passe et ajoute à notre conversation une touche de pureté. A Patricia d’ajouter que nous n’avons pas besoin d’adhérer à une religion propre, mais de savoir qu’il existe en nous une grande spiritualité et qu’il nous faut être en symbiose avec elle. Dieu est un tout. J’apprends ensuite que Renata a été la grande gagnante d’un concours de musique spirituelle à Lisbonne. Plutôt réservée, elle exprime quand même sa volonté de composer pour l’humanité et spécialement pour Dieu. Toutes trois me font un petit concert non loin des lèvres de la bouche de l’enfer.

O teu abrigo est un des titres de leur répertoire. Il parle de la peur que l’on peut rencontrer dans nos vies pour divers motifs. Le meilleur moyen d’y faire face et de s’abandonner à un être divin, ici en l’occurrence Jésus, et d’en faire notre abris. Cela me rappelle drôlement le jour de mon arrivée à Lisbonne. Je ne dis pas que j’ai trouvé un refuge en Jésus, mais j’ai certainement confié ma peur à quelqu’un ou quelque chose de spirituel, afin de pouvoir avancer.
Que l’on soit croyant ou non, peu importe ! Ce qui compte vraiment est de savoir ce que nous avons au fond du cœur. Le plus important est d’être bien avec soi-même. Rencontrer des gens d’ailleurs est une richesse que nul ne peut nous voler. On grandit à l’étranger. Nous désaltérons nous cœurs desséchés. Et nous rentrons à la maison avec de belles histoires à raconter.

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Hallelujah !

  • Franziska 20 juillet 2010

    Quelle belle morale, très belle vérité. Cet endroit a l’air sublime et mystérieux. Là où tout commence ou là où tout prend fin. Il est vrai que ces rencontres, personne peut les voler et ça change beaucoup en nous-même.

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Bilhete postal

17 juillet 2010

Il y a des jours où l’on se demande si notre œuvre vaut vraiment la peine d’être lue. Est-ce que notre vie mérite tout l’intérêt qu’on lui porte ? Je me pose parfois cette question et souvent je ne trouve pas la réponse. Qu’importe ! L’essentiel aujourd’hui est de savoir que je suis fier du chemin que j’ai parcouru jusqu’ici. Mon année sabbatique a été remplie de bonheur et de succès. J’ai rencontré des gens sur ma route, que jamais je n’aurais rencontré si je n’avais pas pris la décision de tout stopper pour une année. Les séjours linguistiques qui s’offrent à moi ne sont que l’heureuse conclusion d’une aventure humaine exceptionnelle.
Lorsque je me suis inscrit au concours Blog It, jamais je n’aurais cru être sélectionné. J’étais en train de réaliser un projet sur la toile, qui se concrétisera certainement à la fin de l’été, au moment où j’appris la nouvelle. J’étais comblé et dépité en même temps. Un grain perfectionniste, je ne pouvais pas croire que l’on puisse faire confiance à mon talent. Aujourd’hui encore, je ne sais pas vraiment comment aborder mes lecteurs sur ce blog, puisque j’ai l’impression de ne jamais intéresser personne. Cela dit, je sens le bien-être procuré par cette expérience et j’en remercie les protagonistes.
Beaucoup pensaient, à mon sens, que j’allais être un portfolio interactif de Lisbonne. A la fin de la première décennie d’un siècle bien développé, je crois que chacun est capable d’aller feuilleter les guides touristiques ou faire un tour sur le net pour connaître la capitale du Portugal d’une manière très exhaustive. Je ne suis pas ici pour cela. J’espère que vous comprenez que je partage tout simplement une expérience de vie et que la ville aux sept collines n’a pas le même goût pour moi que pour un autre. Nous vivons tous au même moment une histoire différente. Cela dit, j’ai tout de même pensé à ces gens qui veulent voir de belles photographies de Lisbonne. C’est pourquoi je vous propose mes petites cartes postales, photographiées lors de moments de pure évasion.

Le château de São Jorge

Vue sur Lisbonne

Le pont Vasco da Gama

Le pont du 25 avril – Vue sur le Christ Roi

Au bord du Tejo

Monument des Découvertes

La Tour de Belém

Praça de Espanha – Parc Gulbenkian

Praça dos Restauradores

  • Franziska 17 juillet 2010

    C’est vraiment très beau et j’ai hâte de découvrir cette ville. Les monuments sont une chose, les beaux paysages aussi mais cela ne forge pas un caractère. Le plus important c’est ce qu’on vit, ce qu’on traverse et endure, ce sont les gens qu’on rencontre et qui nous entoure, toutes ces expériences accumulées font ce que nous sommes. Tu vis une expérience unique et pas toujours évidente. Seul, loin de tout, rencontre de gens qui partent et viennent; une sorte de passage dans ta vie mais à jamais dans ton esprit et ton coeur. Un séjour intense en émotions.

  • Dan 18 juillet 2010

    A travers tes écrits, j’ai (re)appris une belle morale; Ne jamais se fier aux préjugés! Maintes fois dite, maintes fois répétée, pourtant jamais vraiment respectée. Cette morale ne peut mieux être prouvée que par ton voyage.

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Obrigado Saramago

17 juillet 2010

Sempre chegamos ao sítio aonde nos esperam.
O LIVRO DOS ITINERARIOS

Le jour où je suis arrivé à Lisbonne, on enterrait José Saramago. Ce dernier obtint le prix Nobel de la littérature en 1998, étant ainsi le seul et unique portugais dans cette catégorie. Grand écrivain du XXe et du début du XXIe siècle, ce personnage n’a cessé de faire parler de lui. Nihiliste affirmé, il fit toute sa vie durant une grande critique sociale et politique de son pays. Rejeté par une certaine majorité, c’est aux îles canaries (Espagne) qu’il se réfugia, afin de trouver la paix et l’harmonie jusqu’à la fin de ses jours. En ce moment, tout comme Jacques Chessex en Suisse lors de sa mort, tout le monde parle de l’homme le plus polémique du Portugal.

Se podes olhar vê.
Se podes ver, repara.
O LIVRO DOS CONSELHOS

José Saramago a quitté ce monde en laissant derrière lui une vie chargée et une œuvre monumentale. N’ayant vu que l’adaptation de son livre, Ensaio sobre a cegueira (L’aveuglement / Blindness) au cinéma, je n’avais pas une grande idée de son parcours. Influencé par les premières personnes que je rencontrai à Lisbonne, je me disais que ce personnage était vil et cruel. A mes yeux, il n’en valait pas la peine. Certains libraires jugeaient son style terriblement douteux, en accusant sa syntaxe hors du commun. Un professeur me dit aussi qu’il ne comprenait pas pourquoi l’on avait affiché partout dans la capitale des pancartes avec Obrigado Saramago. Il estime qu’il ne doit pas être reconnaissant envers un homme arrogant, qui a fait renvoyer plusieurs journalistes du Diário de Notícias tout simplement parce qu’il n’aimait pas ce qu’ils faisaient, etc. J’étais envahi de préjugés.
D’un autre côté, Isabel, une professeure du Cial – Centro de Línguas, me demanda de réfléchir un petit peu sur la vie de cet homme mystérieux. Elle l’aime beaucoup certes, mais elle me suggéra de réfléchir avant d’émettre un jugement hâtif. C’est ainsi que je compris que Saramago était effectivement arrogant, mais sous cette arrogance se cachait une grande timidité. C’était un homme extrêmement sensible, qui a certainement souffert de son athéisme dans un pays on ne peut plus religieux. Il eut une enfance peu ordinaire et vécut longtemps dans la pauvreté. Cela ne fait pas de lui un homme à plaindre, mais un homme à reconnaître en tant que grand artiste pour son génie. Américo, l’un de mes amis artistes, estime que Saramago est l’un des plus grands écrivains de notre temps. Malgré cela, il y a des livres de l’auteur qui lui ont laissé un goût amer, ce qui démontre l’humanité de l’écrivain : grandes qualités et certaines faiblesses. Sans offenser la culture portugaise et en ayant un regard objectif et critique, l’œuvre de José Saramago fait désormais partie du panthéon de la littérature universelle, qu’elle critique ou non les mœurs d’un pays tout entier.

Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte à quel point la langue portugaise est une richesse. Elle donne accès à la lecture d’œuvres monumentales, souvent mal traduites. Je me rends compte aujourd’hui que j’ai la chance de pouvoir lire un Saramago en version originale. Je ne dis pas que les traductions sont mauvaises, mais vous comprendrez que c’est comme au cinéma : la version française est bien, mais l’originale est mille fois meilleure. Si je devais vous conseiller cinq livres du Nobel 98, ce serait As pequenas memórias, Levantado do chão, Ensaio sobre a cegueira, A viagem do elefante et O ano da morte de Ricardo Reis. Ce dernier rend un hommage à Fernando Pessoa et à l’un de ses principaux hétéronymes. A mon sens, José Saramago était un peu comme Pessoa, mais dans une version nihiliste. Il vouait un amour inconditionnel à sa patrie, c’est pour cela qu’il la critiqua à maintes reprises, manifestant ainsi sa tristesse. Quant aux autres livres, vous retrouverez des récits de son enfance, la description la plus parfaite de la région du Alentejo, une critique de l’humanité ou encore un récit de voyage on ne peut plus original. Croyez-moi, je n’ai lu aucun de ces livres et ce sont ceux que la majorité me conseille. Ils m’ont attiré comme un aimant. Je remercie le Ciel (ou ce que vous croyez juste de remercier) de pouvoir bien maîtriser le portugais, afin de comprendre davantage cette magnifique culture lusophone.

Deixa-te levar pela criança que foste.
O LIVRO DOS CONSELHOS

Au-delà des grands récits intellectuels, qui nous laissent souvent des sujets à réfléchir, il existe aussi des histoires simples. José Saramago en a rédigé deux : O Conto da Ilha Desconhecida et A Maior Flor do Mundo. Cette dernière nous ramène en enfance et nous demande de bien vouloir penser à l’enfant que nous avons été et que nous sommes probablement toujours. Ci-dessous, vous trouverez ce conte animé produit par la télévision espagnole, afin de faire connaître ce conte merveilleux. Le narrateur, qui n’est autre que José Saramago lui-même (vous le reconnaîtrez dans le court-métrage), dit qu’il faut savoir utiliser des mots simples pour séduire. Quand nous racontons des histoires, quelles qu’elles soient, il ne faut jamais oublier la simplicité, cette qualité qui bouleverse le cœur humain. Chacun verra dans cette histoire un détail qui le touchera. Pour ma part, ce fut cette fleur si proche de l’Homme qui me bouleversa. Parce que finalement, n’importe qui peut être la plus grande fleur du monde pour quelqu’un.

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Source :
SARAMAGO José, Portrait, http://blog.josesaramago.org (blog officiel de José Saramago).
ETCHEVERRY Juan Pablo, A Maior Flor do Mundo, http://www.youtube.com/watch?v=MNavjsXc12c (court-métrage réalisé en Espagne en l’honneur du célèbre conte de Saramago).

  • Franziska 17 juillet 2010

    Le court-métrage était vraiment beau. Simple et pourtant très profond. Je pense que c’est un homme qui laisse beaucoup derrière lui. J’ai bien envie de revoir Blindness et peut-être que cette fois-ci, on le verra différement. Très bel article et un très beau développement de tes opinions.

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Ler é viajar, viajar é ler

15 juillet 2010

Victor Hugo le disait : « Lire c’est voyager, voyager c’est lire ». Il n’avait pas tord. La connaissance commence par la lecture. Cette dernière nous permet de nous enrichir et ce, tous les jours de l’année. Quel que soit le support choisi (livre, journal, blog, etc.), nous avons toujours la possibilité de nourrir notre intellect. Tout cela va de soi, mais qu’en est-il de l’aspect financier ? Bien que très attrayantes, toutes ces oeuvres ont un prix. En Suisse, nous avons très souvent la possibilité de nous offrir des bouquins, la preuve étant chez les grands libraires qui sont loin de faire faillite. Au centre de l’Europe, par exemple, nous avons une chance inouïe d’avoir à disposition des livres de poches, qui nous donnent accès à tout genre de littérature pour des prix raisonnables. Le prix d’un livre, qui semble être un fait de rien du tout, est en réalité un énorme problème au Portugal.

Longtemps, j’ai pensé que le peuple portugais était en retard sur ceux du centre de l’Europe. C’est peut-être le cas pour plusieurs raisons. Le pays vit une crise accablante et nombreuses sont les personnes qui se sentent perdues au milieu de son système. Nous pensons souvent aux gens pauvres et démunis en Afrique, au Proche-Orient, ainsi qu’au Moyen-Orient, et nous avons raison de le faire, mais il faudrait aussi qu’on regarde près de chez nous. Pour ce qui est du Portugal, je suis choqué à chaque fois que je le retrouve. Dépaysé et ému par la sensation de me retrouver dans ma terre natale, ce n’est pas sans une certaine tristesse que je remarque la pauvreté de plusieurs choses. Internet est arrivé très tard et, encore aujourd’hui, rares sont les familles ayant un accès illimité sur la toile, ainsi que les points wireless gratuits. Beaucoup se déplacent dans un cybercafé où une heure de surf peut coûter jusqu’à deux euros. Quant aux livres, il ne faut surtout pas être cardiaque ; leurs prix sont immoraux. Les poches sont rares et un bouquin atteint au minimum les dix euros. Suite à la mort du seul prix nobel de littérature portugais, José Saramago, vous retrouvez toutes ses oeuvres sur le marché, mais aucune ne quitte la dizaine pour l’unité et beaucoup atteignent la vingtaine. Tout ceci me fait réfléchir. L’accessibilité n’est pas pareille dans tous les pays. La lecture est difficile d’accès et pour pouvoir voyager dans l’âme, le portugais doit avoir une énorme imagination. Ne dramatisons pas, le caractère mélancolique du portugais lui permet de rester en vie et même de positiver dans la tristesse. C’est avec grand plaisir que vous retrouverez dans le métro, les bus, les cafés et même dehors en plein dimanche estival des gens qui lisent des journaux et des livres. Ce phénomène est particulièrement neuf et il apporte avec lui un magnifique grain d’espoir, digne du vert qui se trouve sur le drapeau du Portugal.

  • Franziska 15 juillet 2010

    C’est incroyable, j’aurais jamais pensé. C’est vraiment dommage, car en même temps ils se pénalisent eux-mêmes avec de tels prix. Il est vrai que c’est difficile, quand on connait pas, où est le niveau de vie au Portugal mais je pense bien que c’est de loin pas comparable avec la Suisse. Par contre, je pense et suis meme convaincue qu’il s’y cache beaucoup de richesse dans la simplicité et la culture, c’est ça qui est beau!

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Sem pressas

15 juillet 2010

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Les montres suisses sont très populaires, mais elles ne garantissent pas la ponctualité de leurs porteurs. Les portugais adorent nos petites horloges à mettre autour du poignet. Cela dit, ils les utilisent pour savoir qu’ils sont en retard. En effet, le peuple lusitanien n’est pas pressé et aime apprécier chaque instant de la vie. Ici, on ne fixe jamais un rendez-vous à une heure précise, on dit toujours plus ou moins vers quelle heure il faut se retrouver. De plus, être en retard est un art qui sait s’apprécier ; en général, la tolérance des autres va jusqu’à une demi-heure, voire une heure. Au Portugal, il est, malgré tout, évident que la ponctualité épate. L’Histoire n’est pas une fautive, ni une responsable, mais elle veut que cette zone d’Europe soit ainsi. La dictature, entre autres, a été si difficile et longue (depuis les années trente jusqu’au 25 avril 1974), que la population a depuis décidé de vivre au jour le jour. Cela a ses défauts, mais aussi ses avantages. La grande hospitalité portugaise, par exemple, vient de ce dicton populaire : hoje por mim, amanhã por ti – aujourd’hui pour moi, demain pour toi. Les portugais sont très aimables et vouent un grand respect à l’être humain, bien que la ponctualité ne fasse pas partie de leur culture.

Une grande tendance compare le portugais à son frère espagnol et à son cousin italien. Si les espagnols sont vifs et joyeux, tout comme les italiens sont très expressifs, les portugais se montrent plus calmes et mélancoliques. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de caractère latin typique. Chaque pays du sud a ses caractéristiques. Le Portugal est tranquille et ne se préoccupe pas des soucis quotidiens, bien qu’il en ait énormément. Madalena, l’une des professeurs du CIAL – Centro de Línguas, me dit que les lisboètes ont le corps à Lisbonne et la tête à New York ; une ironie qui s’applique à tous les portugais pour dire que, tout compte fait, ils sont plutôt en avance. Mise à part cela, Lisbonne est la petite New York d’Europe : sirènes (souvent inutiles) et klaxons à volonté. Quant à Ana, une autre professeur, elle adhère au fait que les lusitaniens sont en retard et rarement pressés, mais que l’on ne peut jamais généraliser. Selon elle, tout peut dépendre de la situation. Prenez par exemple un mariage ; étant une cérémonie très traditionnelle et importante, chacun voudra être à l’heure et se presser de montrer qu’il est le plus beau et le plus magnifique. Selon moi, ceci reste de rares exceptions qui confirment la règle : les portugais sont très gentils et accueillants, mais ne venez pas chez eux en ayant un planning d’activités préparé, parce que vous ne le respecterez jamais. Laissez-vous emporter par la vie qui vous appelle.

Pour illustrer cet article, je vous propose une autre interprétation de mon amie Rosete Caixinha. Tout comme son titre, Sem Pressas (sans être pressé), la chanson parle d’une manière bien précise de voir la vie. Pourquoi vouloir aller vite si les bonnes choses de l’existence arrivent lentement ?

  • Dan 15 juillet 2010

    Je suis suisse, mais toujours en retard. Bon, je dis en retard, mais c’est au maximum 10 minutes. J’aime bien la philosophie des portugais. Porter une attention particulière à la mélancolie, regarder la vie couler comme un long fleuve tranquille…
    “Pourquoi vouloir aller vite si les bonnes choses de l’existence arrivent lentement ?” Quelle belle phrase. C’est vrai qu’en regardant de plus près, les bonnes choses de l’existence n’arrivent pas si vite.
    Avec tous tes articles, me voilà avec un nouveau regard sur le Portugal, loin de tous clichés qui se font ici.

  • Franziska 15 juillet 2010

    Il est vrai que j’aime vraiment pas être en retard, je pense que c’est un aspect typiquement suisse. Il m’arrive de l’être biensûr mais cela me stresse plus qu’autre chose, c’est fou. Ayant vécu pendant 2 mois avec une italienne, je suis immunisée maintenant contre les retards *rire*… Y a pas de mal de prendre son temps mais je pense qu’il y a des endroits ou des rendez-vous auxquels il faut éviter un trop gros retard.
    Il y a une belle citation de Manuella Maury (étonnée que tu ne l’ais pas mise) qui dit :
    Celui qui est en avance est un angoissé, celui qui est en retard est un agressif et celui qui est à l’heure est un obsedé. (corrige-moi si c’est pas correct).
    Je ne dis qu’une chose, il faut profiter de chaque instant, car on ne le vit qu’une fois.

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Nocturno do Tejo

13 juillet 2010

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Le sommeil n’est pas un bon compagnon au Portugal. Il semblerait qu’il soit synonyme de perte de temps ou de mort. La vie est si courte et si importante dans l’âme lusophone, que chacun se laisse bercer par toutes ces belles choses qui empêchent de dormir. Le Tage est une source d’inspiration pour toutes les âmes respirant l’air lisboète. Contrairement aux idées reçues qu’emporte chaque touriste avec lui, Lisbonne n’est pas bordée par l’Atlantique, mais bien par le magnifique Tage. Celui-ci a permis à un grand nombre d’artistes de peindre une partie de l’oeuvre de leur vie. C’est le cas de Rosete Caixinha, une amie exceptionnelle et aussi une grande et talentueuse chanteuse, et je vous propose par l’intermédiaire de sa vidéo de découvrir son art. La chanson Nocturno do Tejo décrit Lisbonne dans son entier. Elle a été écrite par Marcio Catunda, un diplomate brésilien de la CPLP (Communauté des Pays de Langue Portugaise), qui voue un amour intense à la ville. Rosete mit son poème en musique et l’interpréta avec une douceur incroyable, digne d’une diva du fado. Laissez-vous bercer par la féerie lisboète !

Lisbonne est une aventure à nulle autre égale. Le rythme de vie mené dans cette ville, voire même dans tout le pays, est complètement différent de ce que nous vivons en Suisse. Il arrive parfois que l’on goûte aux belles insomnies lusitaniennes dans le fameux quartier du Bairro Alto. La nuit tombée, cet endroit est synonyme de fête, de fado, de bars et d’animation. La jeunesse règne dans tous les esprits et tous les goûts sont comblés dans ce coin pittoresque de la ville. Personnellement, je me réfugie avec mes amis au belvédère de São Pedro de Alcântara, lieu offrant une vue magnifique sur Lisbonne, où nous chantons et échangeons nos récits de vie jusqu’à l’aube. A ce point précis de la capitale, on est envahi par une belle obsession de voyager. Lisboa, deixa-me sonhar !


  • Dan 13 juillet 2010

    La vie lusitanienne a l’air de te plaire Filipe! Que de fêtes et d’animations! Moi qui suis déjà allé à Lisbonne petit, j’ai de plus en plus envie de revoir cette ville dont je ne tiens que de vagues souvenirs. Pourquoi écris-tu donc si bien? Pour faire rêver, donner envie. (Stoppe-moi si je me trompe.) Hé bien c’est réussi. Faire de longs voyages seul, (re)connaitre une ville, un pays. Comme je te l’ai déjà dit, je me surprends parfois dans le train à rêver que je pars loin d’ici, à la recherche de nouveaux horizons. Que je t’envie. Mais tes écrits me suffisent (pour le moment) à imaginer la vie de Lisbonne. Mais la savourer doit être une tout autre chose.

  • Franziska 13 juillet 2010

    Que tu nous fait rêver! J’ai hâte de découvrir cette ville, ce pays et surtout tes racines. Que le voyage continue jusqu’à la nuit des temps…

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Lisboa brasileira

10 juillet 2010

La coupe du monde de football en Afrique du Sud touche à sa fin et demain nous saurons qui de l’Espagne ou de la Hollande sera sacrée championne du monde (pour votre information, le fameux poulpe Paul aurait prédit une victoire ibérique). Pour clôturer un mois très festif, j’ai décidé de me pencher sur ce qui m’a le plus frappé de la part des supporters présents à Lisbonne. Au risque d’en étonner plus d’un, ce n’est pas les portugais qui ont été les plus impressionnants, mais bien les brésiliens. Etant la deuxième communauté étrangère la plus nombreuse au Portugal, après l’Ukraine, le Brésil a su imposer sa bonne humeur légendaire.

Sur la place du Rossio se trouvait, il y a quelques jours de cela, une foule de personnes heureuses et pleines d’espoir pour une sixième victoire de la Selecção. Mon homonyme, Filipe, dit que la coupe sera brésilienne. Il exprime sa joie intensément et m’invite à entrer dans une danse typique d’Amérique du Sud. Un peu plus loin, je croise le chemin de Luciana, Caio, Otávio et Sergio. C’est avec le célèbre mot légal (à prononcer légao), qui n’est autre qu’une forme de dire « génial », qu’ils entrent eux aussi dans la danse. Luciana me dit, lors de ma brève interview, que son cœur était brésilien, mais que son rêve était portugais. Une réaction on ne peut plus humble et qui résume bien, à mon sens, l’état d’esprit des brésiliens lors de la coupe du monde.

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La tendance porterait à croire que les championnats sportifs sont la seule et unique raison qui ferait rejaillir les couleurs d’une nation dans les rues. Pour ce qui est du Brésil, je crois que l’Histoire dépasse les beaux artifices que l’on rencontre tous les quatre ans. Découvert en 1500 par les portugais, ce pays n’a depuis cessé de faire rêver les lusitaniens. Au Portugal, il existe non pas un rêve américain, mais un rêve brésilien. Ici, le Brésil est synonyme d’exotisme, d’évasion, de fantaisie et de paix. Lieu éternellement choisi pour la fugue portugaise, y compris par des rois en péril, la terre de l’espoir a établi un lien très fort avec la terre de la mélancolie. De plus, dans le fameux quartier du Chiado, non loin du célèbre Bairro Alto, se trouve le mythique café A Brasileira, là où Fernando Pessoa passait son temps à écrire et aussi, quelques années plus tard, où se retrouvaient ensemble des artistes et des journalistes engagés et des hommes favorables au régime salazariste. Ce lieu est devenu un repère capital pour les lisboètes, tout comme le Brésil l’a toujours été depuis sa découverte. Gare à ceux qui croient que les brésiliens ne peuvent pas voir les portugais en peinture et vice-versa ; ce ne sont là que de vieux clichés sans saveur ! Le Portugal et le Brésil, selon ce qu’en pense les médias et les passants, sont des frères de cœur.

  • Line 11 juillet 2010

    Whaou!! Et ça malgré la distance…
    Filipe continue d’écrire comme ça c’est superbe…

  • Franziska 11 juillet 2010

    Voilà, c’est la fin. Les voisins du Portugal sont sacrés champion du monde. Je ne sais pas comment est vraiment la relation entre le Portugal et l’Espagne mais je dois avouer que j’ai été étonnée d’apprendre qu’avec le Brésil vous soyez si proche; je trouve ça beau. Si différent et si loin et pourtant si proche… Continue avec tes beaux récits, cela nous fait voyager avec toi.
    Je t’aime plus que tout!

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Querido Fernando Pessoa…

8 juillet 2010

Cher Fernando Pessoa,

Le temps passe et je n’ai plus que ton œuvre comme souvenir. Je revois ton visage, de temps à autres, sur de vieilles photographies. Que le temps passe vite… Il me semble pourtant que tu es parti hier à la recherche d’un monde meilleur. Je suis arrivé à Lisbonne, il n’y a pas si longtemps. En me rendant chez toi, j’ai trouvé une réception à l’entrée. Une dame prétendait te connaître mieux que quiconque. En effet, elle n’avait pas tord ; elle a certainement été l’une de tes maîtresses cachées, étant donné que tu ne laissais pas l’amour charnel te conquérir. Elle m’expliqua que tu avais laissé à notre cher et tendre Portugal un héritage somptueux. Quelle fierté pour la nation de t’avoir à ses côtés ! A toi seul, tu as créé un style littéraire bien propre : le saudosismo. Tu n’imagines pas ma peine lorsque j’appris que tu ne serais pas là pour me guider. Soit, il me reste ton œuvre, que le monde artistique ne cesse d’admirer, et parfois je dévore ta pensée. Après tout, toi aussi tu voulais être seul pour affiner ton génie ; peut-être souhaites-tu que je me questionne un peu sur le monde avant de retrouver les autres et leur bel enfer.

Sais-tu que la plupart des portugais n’accordent aucune importance à ta maison ? N’est-ce pas un peu ingrat ? Bien sûr, il y a la tour de Belém, le monument en l’honneur des conquistadors ou même le château de São Jorge qui font briller la capitale, mais voir ta maison est bien plus enrichissant. Ne sois pas triste, le monde est ainsi fait. Le Portugal t’aime, mais sa mélancolie l’aveugle à maintes reprises. La mémoire des lusitaniens est identique à celle d’un éléphant : ils n’oublient rien, ils gardent tout en eux. En ce moment, la mort de Saramago est bien plus importante que ta riche histoire. Je parle beaucoup de toi dans mon entourage et j’insiste en disant que tu es un grand écrivain portugais, le poète le plus fantastique du monde et la preuve que la vie ne suffit pas. Il faut des gens comme toi, qui parlent de l’intranquillité et de l’envie profonde de voir un peuple évoluer positivement. Il est bon de savoir que tu es un portugais d’âme et de cœur. Attristé par les tiens, tu n’as cessé de démontrer leurs faiblesses, tout en gardant un amour inconditionnel pour eux. Tu es, sans nul doute, ce genre de personnes qui n’abandonne pas à la première déchirure. A part cela, j’ai vu ton visage dans mon passeport, je ne sais pas si tu es au courant que ton portrait voyage partout.

Ah ! ta maison, ta belle maison, qu’elle est paisible et tranquille ! Pardonne-moi, mais je suis allé voir ta chambre, peu après avoir contemplé ta machine à écrire. Tu as gardé ta fameuse commode où tu t’amusais à rédiger dessus. Tout est en ordre, si ce n’est que tu laisses encore et toujours ta chemise sur ton lit. Est-ce encore l’un de tes hétéronymes qui nous fait le coup ? Quoi qu’il en soit, c’était un plaisir immense d’être allé chez toi. Tu n’y étais pas et mon bonheur fut peut-être doux-amer, mais quelle joie que de passer mon temps en compagnie de ce qui t’es proche !
Je ne t’ai pas aperçu non plus à la bibliothèque qui se trouve juste en dessous de ta chambre. J’y ai rencontré José, un admirateur qui garde précieusement tes livres et ton savoir. C’est un homme brillant, qui a su me guider sur les chemins les plus sombres de ta mémoire. Ne m’en veux pas, je t’admire énormément et je souhaite connaître davantage ton génie. José m’a encouragé à aller de l’avant avec mon ambition de devenir écrivain ; si je t’avais croisé, je suis sûr que tu en aurais fait de même. Dis-moi, est-ce que ce José ne serait pas encore l’un de tes personnages mystérieux ? Quoi qu’il en soit, il est à l’écoute de son prochain et guide quiconque souhaite en savoir davantage sur toi et ça c’est plutôt encourageant.
Maman pense que je suis comme toi : envahi par la saudade et heureux (et non orgueilleux) d’être portugais. Je crois qu’elle a raison. Cela dit, je ne souhaite pas être ta copie conforme, mais j’espère être un jour à ta hauteur. Jusqu’à là, je peux encore attendre quelques mois, voire même des années ou un demi-siècle pour l’être, mais je suis fier d’avoir un ami, disons un guide artistique, tel que toi à mes côtés. A propos, Maman et Papa t’embrassent.

D’une sincère et profonde amitié, je t’envoie mes meilleures pensées. Où que tu sois, sache que par cette lettre je t’embrasse chaleureusement.

Bien à toi,

Filipe Resende

PS : Les températures atteignent les quarante degrés à Lisbonne, c’est bien pire que l’intranquillité. Vivre, vivre, il faut vivre !

  • Franziska 11 juillet 2010

    On parle souvent de tous ses grands auteurs, chaque pays en possèdent. Toutes ses oeuvres publiées. Fernando Pessoa était sûrement une personne admirable est un écrivain de génie, j’aimerais beaucoup découvrir son oeuvre. Un jour le monde découvrira ton oeuvre et verra ton génie mais s’il le mérite, ça c’est une autre question…
    Pessoa, même si tu ne l’as pas aperçu dans les environs, est sûrement entrain de rêver cette belle lettre que tu lui as dédiée.
    <3

  • Dan 13 juillet 2010

    Toujours aussi beau. Quel bel hommage!! Et qu’est ce que je me réjouis de lire tes premiers essais, tes futurs romans aussi; ces textes que tu publies de temps en temps sur ce blog qui sont de vrais délices ne font que attiser mon impatience à lire tes futurs chefs-d’oeuvres.

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Estranha forma de vida

5 juillet 2010

Le réveil sonne, il est quatre heures et demi du matin. C’est aujourd’hui que je pars en séjour linguistique pour Lisbonne. Mes bagages sont prêts, mes parents sont émus de voir leur fils partir seul à l’aventure et mon cœur se remplit de félicité et de tristesse. Je pars enfin pour le bonheur, mais je me dois d’abandonner les miens pour quelques temps. Mon âme lusitaine prend le dessus et me voilà envahi par un magnifique fado. Je le sens, c’est le début d’une histoire et la fin d’une autre. Mon vol est à sept heures et, envahi par le stress, je pense que je vais louper mon avion. Arrivé à temps à l’aéroport de Genève, c’est non sans larmes que je dis au revoir à maman et papa. Dans un peu plus de deux heures, je serais loin, très loin. Je retourne chez moi comme un étranger. Quelle peur terrible ! Pourquoi suis-je aussi sensible ? Pourtant, tout a l’air si facile quand les autres nous parlent de leur expérience. Mais, il s’agit là de ma propre expérience de vie et je crois que la peur de grandir est un facteur terrible pour un jeune adulte. Cela dit, une invitation au voyage, cela ne se refuse pas. Un jour j’ai écrit sur un carnet qu’il vaut toujours la peine de chercher l’harmonie autre part. Ailleurs c’est mieux.

Que estranha forma de vida ! En effet, quelle étrange forme de vie m’attend à Lisbonne ? Après un vol agréable et enrichissant grâce à la rencontre d’Elisabeth, une femme sympathique qui part aux Açores voir les dauphins, je me retrouve seul au milieu de l’inconnu. A peine mes bagages en main, je me dirige vers la station de taxis. J’assiste déjà à une scène pimentée entre un policier et un jeune homme qui se refuse à faire la queue. Ce dernier, fou de rage, m’offre mon premier spectacle lisboète. Le Portugal n’a pas changé, le pays est resté plein d’énergie, qu’elle soit positive ou négative. Un chauffeur me fait signe d’aller vers lui et je grimpe immédiatement dans son véhicule. Je lui dis l’adresse de ma famille d’accueil et, à partir de là, nous entamons une conversation longue de vingt kilomètres environ. Il me dit tout de suite que j’ai l’accent du nord du Portugal et l’air rêveur. Du coup il s’aperçoit que je ne suis pas d’ici. Il n’a pas tord ; à ce moment précis de mon existence, je suis de nulle part. Ensuite, il continue à me raconter que le pays est ruiné et qu’il n’en peut plus de recevoir un maigre salaire, mais qu’il arrive quand même à vivre. Arriver à vivre, n’est-ce déjà pas une excellente satisfaction ? Certaines personnes se contentent d’exister. D’autres avant moi l’ont dit et redit. Voilà l’une des plus belles richesses du Portugal : on subit la pauvreté, mais pas la misère. Malgré les diverses crises, les gens savent être heureux, tout en gardant chacun une belle mélancolie, autrement dit un fado, en eux. Après cet intéressant trajet, je me retrouve dans le quartier de São Sebastião da Pedreira devant mon nouveau domicile.

Je sonne à la porte. On me demande qui je suis ; nous avons tendance à dire notre nom et notre prénom et le motif de notre venue, mais que répondrions-nous franchement à cette question ? Je laisse le mystère prendre place. D’une façon banale, je dis tout simplement que je suis un nouvel étudiant et que je suis attendu. Une dame de cinquante ans m’accueille et me montre ma chambre. Elle m’explique les règles de la maison et remarque que je suis pris d’assaut par la fatigue. Elle me demande de me reposer, ce qui est une sage résolution. Une fois posé sur mon lit, je me mets à pleurer comme une pluie de printemps. Je préfère choisir la voie de la facilité pour expliquer mon chagrin. Pour moi, tout n’est que lubie et mensonge. Je pense me mentir à moi-même en imaginant que je vais trouver l’inspiration à Lisbonne ; j’imagine que je ne suis pas un passionné du voyage et de l’aventure et que je ne vais pas vivre une expérience hors du commun. Je veux revoir maman, elle sait ce qu’il faut me dire. Cela est impossible. Je suis seul, terriblement seul. Cinq heures plus tard, ma tristesse est beaucoup plus grande. Je sombre dans les ténèbres et je suis encerclé par tant de lumière. Je ne comprends pas. Je ne réalise pas que le rêve se réalise. Le choc est brutal. Je décide de me promener dans les rues de la capitale lusophone, rien n’y fait. Le soir, je retrouve des amies artistes au casino de Lisbonne. L’une d’elles fait un concert somptueux, mais je peine à sourire. Après le spectacle, nous nous retrouvons et elle me remonte le moral. Elle m’explique comment est la vie à Lisbonne. Elle me tend sa main, tout simplement. Partir est si difficile qu’il est si simple de se perdre en chemin. C’est pourquoi il ne faut pas avoir peur d’accepter la main tendue dès le premier jour. Ainsi l’on commence mieux une aventure extraordinaire. Pour ne pas m’égarer, je me répète sans cesse que demain est un autre jour.

  • Dan 5 juillet 2010

    Moi qui n’ai jamais fait de voyage, cette expérience me semble déjà être une grande expérience de vie, malgré tout. Et quelle belle morale!

  • Franziska 6 juillet 2010

    Sans être avec toi, par ce texte on sent ton vécu. Ta description des portugais est très belle et je pense très juste. Je suis fière de toi et de tout ce que tu as accompli, tu es en train de vivre une expérience unique et malgré les jours plus gris, tu tiens le coup. Il ne faut pas penser que c’est évident de partir seul, loin de chez soi avec notre âge. Tu l’as fait et tu as eu beaucoup de courage.
    Continue comme ça et comme tu le dis si bien : demain est un autre jour.
    Amo-te !

  • Line 6 juillet 2010

    Je n’ai jamais entamé un voyage seule, malgé que cela me semble une magnifique expérience, je ne me sens pas encore prête… L’inconnu, tellement imprévisible est pénible je l’ai déja ressentis, même si je n’étais qu’à quelques pas de chez moi. Et comme tu l’as si joliment écrit, c’est le début d’une histoire et la fin d’une autre.
    Toutes mes pensées sont pour toi et bon voyage.

  • Julien 19 juillet 2010

    Ma première journée de voyage ressemble assez à la tienne ! réveil à 4h, depart d’avion à 7H; taxi jusqu’a la maison d’accueil. Présentation, et puis installation dans la chambre, et la coup de blues. Les minutes m’ont paru bien longue, pendant lesquelles je me suis senti vraiment seul dans un lieu inconnu..
    Et se rappeler des récits des autres ou tout semblait si lisse et facile..
    Au final, le moral est revenu, mais c’est dans ces moments la que ca fait du bien, un coup de fil, parler un peu à quelqu’un de proche, se sentir entouré malgré l’éloignement !

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